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Lundi 29 mai
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Pas à pas en suivant la caracole

Sans nier que ce fut sans doute le cas des années durant depuis la reprise après-guerre, la caracole n'est pas la bouffonnerie consistant à « enterrer » le plus ivre de la bande.
Ce rituel mérite qu'on s'y arrête et qu'on tente de retrouver la richesse de ses racines profondes. Sans posséder la capacité d'analyse d'un sociologue ni l'érudition d'un folkloriste, voici cependant quelques pistes de réflexion pour tenter de comprendre ce qui constitue une des caractéristiques de notre Marche.

D'abord, remontons dans le temps avant le début de la caracole elle-même. En début de soirée, à un certain moment délicat à déterminer et pouvant faire l'objet de controverses, les marcheurs se métamorphosent. Aujourd'hui, les tenues burlesques ont la cote, mais les plus anciens se souviendront qu'il y a 15 ou 20 ans, la transformation consistait surtout à « se mettre à l'envers » : retourner la casaque et porter le colback avec le plumet à l'arrière, passer la bavette du tablier de sapeur sous la casaque etc., pratiques à rapprocher de la marche que nous adoptons en remontant de l'église où, par moment nous progressons « arrière-arrière ».

Cette pratique n'est pas isolée : voyez la célèbre procession d'Echternach au Grand-Duché. S'agit-il de retarder l'inéluctable fin ?
Au Moyen-Age existait le « jour des fous ». Alors que le clergé était tout puissant, il acceptait ce jour-là que le curé rentre dans l'église, juché sur un âne et le dos opposé au choeur.

Tourner en dérision, un bref moment, ce qu'on a fait avec tant de sérieux le reste du temps. Notre caracole n'a-t-elle pas ce rôle d'exutoire ? On y remarquera aussi le rôle extrêmement subtil qu'y jouent les membres du Corps d'Office : écarter celui qui n'est plus maître de son arme mais offrir une goulée à celui qui manquerait d'énergie ou d'enthousiasme, tout ceci sous l'œil des majors auxquels il revient de désigner la « victime ». Or, précisément, de victime il n'y en a plus. Depuis des années, on n'enterre que celui qui le veut bien et qui est assez lucide pour donner un accord valable et permettre ainsi à la tradition de se perpétuer.

Mais revenons-en aux prémisses de la caracole : la compagnie a remonté très lentement et péniblement la place. Les haltes se font tous les dix ou vingt pas, on s'accroupit, on fait marche « arrière-arrière » , on fait tout pour retarder la fin… les coups de feu partent de partout, nimbant la place d'un nuage bleu et zébrant un ciel qui commence à s'obscurcir.
Puis se forme cette caracole, cette file indienne qui se resserrera sur elle-même pour épouser le dessin d'une coquille d'escargot, au rythme toujours plus soutenu de la batterie.
Ici encore il y a un symbole à retrouver. Le tracé de la caracole peut être comparé au labyrinthe qu'on retrouve sur le pavement de certaines églises, particulièrement celles qui se situaient sur l'itinéraire de pèlerinages. Le pèlerin suivait le parcours jusqu'à parvenir au centre du labyrinthe d'où il pouvait s'élever vers sa spiritualité.

Dans notre caracole, notre labyrinthe à nous, on enserre la « victime » qui complaisamment va se laisser tomber, comme morte.
Cette fin figure celle de la Pentecôte et, lors du tour d'honneur avec la dépouille, il serait de bon ton de marquer son chagrin. Il semble qu'entre les deux guerres marcheurs et spectateurs faisaient mine de pleurer sur la fête défunte, ce moment de fraternité, d'égalité et de convivialité hors du commun.
La suite est l'apothéose : le cadavre est exposé sur un pavois, livré à quelques « manipulations funéraires » qui n'ont plus rien à voir avec des excès du passé et bientôt fifres et tambours se mettent en sourdine, le ton baisse de plus en plus jusqu'à devenir inaudible. La Pentecôte est bien morte.


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Gougnies - Pentecôte 2010 - Caracole - Cliquez pour agrandir Gougnies - Pentecôte 2009 - Jean-Luc et Patricia - Cliquez pour agrandir Gougnies - Pentecôte 2007 - mardi - Aline - Cliquez pour agrandir Gougnies - Pentecôte 2006 - Cliquez pour agrandir
Quelques "morts" récents.

Et soudain le miracle se produit : le mort est relevé et ressuscité. Le tambour-major lui donne sa canne pour relancer la batterie et, ce faisant, entamer déjà la Pentecôte de l'année suivante.
Cette symbolique du mort ramené à la vie par ceux qui l'entourent, marquant ainsi une promesse d'avenir, remonte loin dans le temps. Elle est très proche des rites païens des feux de la Saint-Jean qui, au cœur de l'hiver, appellent déjà le printemps.
De même, « enterrer » un marcheur, loin de se moquer de lui, revient à le charger d'assurer la pérennité de notre tradition.

Nous sommes bien loin d'une grossière gaudriole.

Ben

Voir le reportage sur la Pentecôte 2010

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Commentaires
Par moreau benoit le samedi 11 février 2012 à 20h02
j ai ete enterre en 1988 mais le probleme c est que je ne me rappele de rien
Par Christian Collin le jeudi 23 juin 2011 à 18h05
une petite vidéo d'une caracole
http://www.youtube.com/watch?v=UVYo_dUOy8k&feature=share
vu l'age qu'a l'air d'avoir mon parrain Francis Constant, elle doit dater des années 70.

Par stefan le samedi 04 décembre 2010 à 15h30
au moin on saura ce que signife vraiment le terme caracole merci ben pour cet eclairage .
Par Ben le jeudi 03 juin 2010 à 07h59
Merci pour l'idée, Spirou. Ca me semble difficile à réaliser, mais je vais me renseigner.
:-)
Par Spirou le jeudi 03 juin 2010 à 01h59
Beau reportage sur la caracole au moin ceci expliquera qu'es ce que vraiment cette tradition Gougnacienne ;) moi je trouve sa super et j'en suis fan, de plus ça date tellement que je me demande quand pour la premiere fois la caracole à été réalisée ?? Et depuis cette premiere caracole qui fut "enterré" ne serais-ce dont pas une bonne idée de rajouter à votre article même si elle doit surement être longue.. La liste avec les nom prénom et date de pentecôte à laquelle tout les résuscité mis fin à la pentecôte ??? Bien à vous :)
Par penelope le jeudi 27 mai 2010 à 17h50
Salut Ben

Merci pour ton commentaire
J'ai apprécié ce beau résumé
A la prochaine
Par François le jeudi 27 mai 2010 à 13h41
Bravo pour ton article Ben.
Tu es bien placé pour en décrire parfaitement les valeurs et je dirais presque 'l'honneur' d'être choisi en tant que 'mort ressuscité' de la compagnie.
Etant un des marcheurs mort par le passé, j'ai pris du plaisir à l'être et j'ai également procuré du plaisir autour de moi, ce qui était, j'en suis persuadé ton cas également par le passé.
Cette année encore, j'ai apprécié ce moment où comme dit si bien mon papa certains ont tendance à diaboliser. Il est vrai que par le passé, cette pratique était plus que douteuse. Mais c'est le passé et cette pratique a changé depuis ces 5 ou 10 dernières années.
Pour terminer, je voudrais féliciter tous les marcheurs pour la magnifique tenue cette année ainsi que tous les bénévoles. Ce fut une pentecôte 'grand cru'.
Par bigdil le jeudi 27 mai 2010 à 13h06
bravo a toute la compagnie pour votre pentecote
Par Klaus le jeudi 27 mai 2010 à 10h51
Merci beaucoup Ben pour ce que tu écris!
C'est juste formidable et tellement important de donner à la caracole tout son sens.
Vivement celle de l'année prochaine.
Klaus
Par christine charlier le mercredi 26 mai 2010 à 22h01
Merci Ben pour cette explication.
Par jean le mercredi 26 mai 2010 à 11h33

Excellente réflexion sur le sujet, Ben. Cette invitation à bien saisir toute la légitimité de cette forme d'apothéose sonne parfaitement juste. Elle a sans aucun doute le mérite de défendre cette tradition bien de chez nous contre ses détracteurs qui ont parfois trop tendance à la diaboliser...
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