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Dimanche 23 juillet
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Le temps "presse"

Ce 20 juin 2005, au lendemain de mes cent ans, mon engrenage à peine érodé par le temps a cessé définitivement de vibrer au rythme du travail.

Oh, ils n'ont rien à me reprocher, sans jamais défaillir, j'ai embouti durant mon existence des millions de pièces et particulièrement, ces pelles et bêches qui ont apporté à l'entreprise la réputation de ses belles années.
Mais le monde a changé et mon bon vieux bâti en fonte fait mine d'anachronisme face aux tendances technologiques de la compétitivité contemporaine.
Le grincement feutré de l'acier rougi auquel mes outils de presse donnaient la forme définitive, je ne l'entendrai plus...

Alors, avec la nostalgie de ce passé riche en activités, je me consolerai en évoquant ses souvenirs.

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Jules Marcelle, fondateur des Ateliers (Photo collection familiale)

En 1904, Jules Marcelle, employé à PHENIX- TÔLES, s'occupe du cisaillage droit et rond de pièces pour le Moyen Orient et fort de son expérience, il crée son propre atelier à Gougnies.
Pendant la guerre de 14-18, la famille s'étant réfugiée en France, toutes les activités sont suspendues.
Celles-ci reprennent de plus belle après l'Armistice et, en 1923, après des études d'ingénieur technicien à l'UT, Maurice rejoint son père, Jules, au sein de l'entreprise et apporte à celle-ci toute sa technicité.

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Extrait d'un ancien catalogue des Ateliers Marcelle

L'atelier prend de l'extension et en 1926 adopte le statut de « Société Anonyme ».
Maurice conçoit et fabrique une presse à plateaux permettant l'emboutissage de fonds bombés pour le Moyen Orient et en particulier le marché libanais.
Il achète un laminoir afin de pouvoir laminer des aciers de qualités diverses et s'étant équipé d'un outillage complet pour la fabrication de pelles, s'engage sur le marché africain avec un succès dépassant largement les objectifs.
La guerre 40-45 met un terme à cette belle époque.


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L'emblème de la société au moment où le commerce avec le Congo était florissant, d'où l'étoile coloniale.

La SNCB, les charbonnages et l'horticulture engendrent cependant une reprise progressive et les pelles, bêches et houes entraînent dans leurs sillons de nouveaux produits tels les râteaux, binettes, plantoirs, louches etc....
En 1950, Jules, fils de Maurice et petit-fils de Jules 1er, décroche son diplôme d'ingénieur et accroche son wagon de technicien au train de l'entreprise.
Les Hollandais et les Danois commandent en grandes quantités des ébauches de pelles qu'ils parachèvent en leurs installations.
Le laminoir n'arrête pas, ce qui provoque de nombreux bris de cylindres atteignant, à chacun de ceux-ci, le moral des quelque 40 ouvriers occupés.
Mais, petit à petit, les problèmes se résolvent et certaines améliorations permettent de réduire pas mal d'avatars.

Mil neuf cents soixante, le ciel s'assombrit. Le Congo proclame son indépendance et les nouveaux dirigeants manifestent leur hostilité envers la Belgique. Le marché des pelles se ferme inexorablement à l'atelier et s'ouvre tout grand aux pays de l'Est.
Seul le marché intérieur persiste et l'activité s'adapte à celui-ci notamment par la fabrication de rondelles, brides, diverses ferrures sur plan et sur demande.
En 1980, le nombre de personnes employées se limite à 6 et l'entreprise louvoie entre les pièges de l'activité économique de l'époque.
La cessation pure et simple est alors évoquée.

Jean, fils de Jules, avec l'aide de son épouse, Michèle, ayant tous deux reçu une formation commerciale et administrative, proposent, en participant à la réoxygénation de la situation financière, de tenter de prolonger l'activité de l ‘entreprise familiale.
Pendant près de 25 ans, ils maintiennent, aux soins intensifs, leur outil en vie.
Mais à quoi bon s'acharner ?
La vétusté des installations, le poids de plus en plus considérable des charges, le coût de l'énergie, les marchés hors concurrence s'ajoutant à de sérieux problèmes de santé, c'est en toute sérénité que le 20 juin 2005, l'acte de dissolution de l'entreprise est signé chez le notaire.
Et moi, bonne et fidèle vieille presse à pelles, je reste le vestige d'un chapitre de l'histoire de Gougnies que beaucoup de familles n'oublieront pas.


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C'est moi qui raconte...
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Photos Michel Florence

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Photos Jean-François Gaspar

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Derrière les machines, il y a les hommes... Dans les années '80 Louis Negrello, Bernard Dardenne, Pierre Barbiaux... (Trois dernières photos: collection famille Barbiaux)

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Dans les années '60, première, deuxième et troisième photos: Arthur Wiame. Quatrième, de g à d: Fernand Looze, Emile Rifflard et Lucien Rifflard.

Photos Collection Jean Marcelle
Le démontage (23/04/10) voir les archives

Texte rédigé par Jean Marcelle

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Commentaires
Par jean le dimanche 10 décembre 2006 à 20h14
Grand merci au vielleux cornmuseux de Villers pour la gentillesse de son message et tout l'amour du terroir qu'il nous a offert à l'occasion des festivités en l'honneur de notre Rolende, racine de notre campagne et messagère d'amitié ! Je te salue bien chaleureusement, Albert, et sache que tu es toujours le bienvenu, avec ou sans cornemuse !
Par Albert CAUSSIN le dimanche 10 décembre 2006 à 11h19
Bonjour Jean,

Cette avec grande émotion que je viende consulter l'article consacr aux ateliers Marcelle,j'en ai tellement entendu parler et toujours en bien par mon voisin et ami Emile Crassini ancien ouvrier aujourd'hui décédé que cela m'a réjoui le coeur de te lire et de voir les photos.

Bien amicalement.

Albert Caussin le vielleux cornmuseux de Villers
Par CARAMIN EDMOND le mardi 20 juin 2006 à 23h27
mes racines sont chez vous . merci
Par willy le dimanche 18 juin 2006 à 18h05
bravo Jean.C'est bien toi. Que d'éléments pour compléter la connaissance des Ateliers.
Par Emma le jeudi 01 juin 2006 à 16h52
Belles photos des ateliers Marcelle et très bons commentaires. Bel hommage. Guy passait très souvent faire un brin de causette.avec Jean, René et Michèle. Quand il était de retour, ma première question était : qu'elle est la dernière blague de Jean?
Par jean le jeudi 13 avril 2006 à 00h26
Et bien, Jacques, je ne sais pas vraiment qui tu es (quoique...), mais sache bien que ton commentaire au sujet de l'atelier est un hommage qui va droit au coeur. Au nom de ceux qui se sont impliqués dans la vie de l'entreprise, merci !
Par Jacques le mercredi 12 avril 2006 à 18h57
Je me souviens.... Je me souviens de Maurice qui rapportait des tartines à ses ouvriers qui terminaient une commande urgente. Je me souviens aussi qu'il n'hésitait pas à demander un conseil auprès de ses hommes et qui n'hésitait pas à leur octroyer une petite prime d'encouragement pour leur idées... Je me souviens de Jules, homme bon comme le pain qui annimait ses hommes pour terminer une commande urgente. Je me souviens de Jean et son frêre qui pendant leur vacance venaient s'initier à la "vie" en travaillant dans la poussière des tambours (engin pour polir les pièces). Je me souviens des nombreuses familles qui grâce à l'atelier pouvaient manger à leur faim. Je me souviens de l'atelier Marcelle qui était une école de vie ou les jeunes faisaient leur premiers pas dans la vie active. Je me souviens des anciens et anciennes (oui il y avait aussi des représentantes de la gente féminine aux ateliers) qui par leur sérieux apportaient sans le moindre doute un gage de qualité et de sérieux à l'entreprise. Je me souviens de cet atelier ou le prix de la sueur étaient récompensé par des "primes" octroyées au courage des hommes et cela sans nulles contraintes. Oui, je me souviens... Et en conclusion je pense que nous pouvons dire un immense merci Aux Ateliers Marcelle qui par leur gestion humaine et inventive ont participer à l'essort de notre région et au bien être de leur habitant PS: pouquoi ne pas créer une stèle en souvenir ? jd074253@scarlet.be
Par Alain et Solange du Mans le dimanche 12 février 2006 à 15h34
Très beau résumé de la vie de l'entreprise Marcelle.Il n'y à que toi, Jean qui puisse en parler aussi bien.Avec Michèle, vous l'avez accompagnée jusqu'à son dernier souffle(en soins intensifs comme tu dis si bien)il fallait se faire à l'idée qu'une injection d'euros n'aurai pas suffit à lui faire reprendre vie, le marché est très rude avec tous ces pays étrangers à bas prix.
Vous pouvez êtres fière d'avoir résistés 25 années quand même.Félicitations.
Par Christine le samedi 08 octobre 2005 à 23h58
Félicitations à toi, bonne et fidèle vieille presse à pelles !
Tu as été magnifique dans ton discours. Tu es parvenue à retracer pour nous toute l'histoire des Ateliers Marcelle au travers d'un texte émouvant qui traduit, de manière fidèle et très réaliste, la vie d'une petite entreprise familiale, de ses débuts jusqu'à sa dissolution, en soulignant bien la difficulté actuelle de préserver les activités économiques au niveau rural dans ce nouveau monde qui privilégie de plus en plus les "multi-nationales" ... et, depuis quelque temps, ... un "truc" très "à la mode" : la "délocalisation",... créant ainsi de grands ensembles dans lesquels les travailleurs perdent peu à peu leur statut d'êtres humains pour devenir de simples "numéros" dans la liste du personnel ! C'est triste, mais il faut bien "faire avec" !
Nous pouvons donc être fiers de la lignée des "Marcelle" qui a réussi à faire fonctionner les ateliers pendant 100 ans et donner ainsi du travail à bon nombre de Gougnaciens ! Rien de tel que de travailler dans son petit village ... comme d'y vivre d'ailleurs !

Bravo aussi à la main de Jean qui a guidé la plume de Madame la Presse à Pelles tout au long de son éloquente rédaction !
Par Christine Charlier le vendredi 07 octobre 2005 à 17h59
Quel bel hommage. Jean, continue à nous faire rire ou pleurer de ta belle écriture !
Par jean le mardi 27 septembre 2005 à 11h11
En faire un musée en eût été incontestablement la plus noble destinée... Dès la cessation des activités de l'atelier, celui-ci a fait l'objet d'un dossier particulièrement étudié par le ministère de la Région wallonne ayant en charge le patrimoine, les administrateurs du site du Bois du Cazier et le Bureau responsable de la revitalisation des sites industriels désaffectés. Leurs conclusions mentionnent que la remise en état et la sécurisation du site préalables à un fonctionnement rationnel entraîneraient des frais exorbitants par rapport à une éventuelle rentabilité. Les budgets, dans ce domaine, sont des toutes façons gelés pour plusieurs années. Par l'intermédiaire du Comité d'acquisition et avec l'aval de la Région Wallonne, la commune de Gerpinnes a racheté le site dans le cadre du développement d'ateliers ruraux. Il gardera donc, d'une certaine façon, son âme locale.
Par rene gregoire le vendredi 23 septembre 2005 à 20h48
moi dernier ouvrier des ets marcelle
suis tres toucher part se document
ayant travailler pendans 15 ans
cela me touche tres ford
merci a celui qui a travailler dessus
rene
Par Gougnies le vendredi 23 septembre 2005 à 20h31
Que vont devenir les ateliers Marcelle?Seront-ils tranformés en un musée? Je crois que cela serait une solution très noble et juste pour une entreprise emblématique de Gougnies et très intéressante pour les générations à venir qui pourront ainsi connaître un peu mieux la vie de leurs ancêtres.
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