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Lundi 20 novembre
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Le bonhomme de neige (2016)

Une corolle de coquettes maisonnettes s'épanouit autour d'un îlot de verdure.

Le quartier est chaleureux et diffuse tout au long de l'année une quiétude familiale souvent taquinée par les cris des enfants qui clament leur joie de grandir en toute sérénité.

Les habitants y ressentent le bonheur de pouvoir se parler, se connaître, se respecter.

Chaque printemps, les riverains libèrent de leur abri les outils de jardin et rivalisent d'originalité dans l'art de cultiver les couleurs.

L'été, les vacances exécutent dans un décor ensoleillé la grande symphonie éternellement inachevée des clameurs enfantines sur chant monocorde de tondeuses à gazon.

Lorsque les feuilles d'automne s'adonnent à leur sport vélivole préféré, les bancs de bois et les balançoires qui trônent au coeur du jardinet semblent se couvrir soigneusement, se calfeutrer avant de s'assoupir dans le confort d'une profonde hibernation.

Les premiers flocons chatouillés par le vent du nord virevoltent entre les maisonnettes et, convaincus qu'ils y seront bien accueillis, se posent délicatement pour la plus grande joie des petites têtes blondes coiffées de leur bonnet d'hiver.

Les gens du quartier sont très contents d'y vivre et bien conscients que dans un monde particulièrement chaotique, ils ont beaucoup de chance.

Fatigués d'une vie professionnelle rythmée frénétiquement par des impératifs peu soucieux d'un équilibre vital, ils trouvent dans ce havre de paix le réconfort salutaire du plaisir d'être bien chez soi.

Les enfants ressentent ce bonheur et s'en imprègnent inconsciemment avec tous les bienfaits d'une éducation sereine.

La bonne humeur a peint les bonnes joues du petit Pierre d'un rouge santé qui, au fil des journées récréatives, déteint manifestement sur les pommettes de tous les enfants du quartier. Ceux-ci ont compris que le petit Pierre détenait la clé de la joie de vivre et voient en lui l'animateur vedette de leurs jeux d'enfants... « Hé Pierrot, tu viens ? »

En cette fin décembre, l'hiver a fait une entrée triomphale.

La neige aussi apprécie sans aucun doute le quartier et s'y est installée en grande pompe. Les maisonnettes se découvrent une passion pour les cartes de voeux emblématiques des fêtes de fin d'année. Avec l'imagination des gamins, on y verrait à la faveur d'un discret rayon de soleil apparaître les protégés de Walt Disney... Mais bon, c'était une autre époque, c'était la plume magique d'un dessinateur de talent donnant vie aux personnages qui faisaient pétiller les petits yeux d'autrefois... Les héros d'aujourd'hui sont cybernétiques et les rêves se créent au contact tactile de tablettes totalement dépourvues d'âme, d'âme d'enfant bien sûr.

Pierrot ne manque pas d'imagination. Le quartier leur offre, à lui et ses copains, le terrain de jeu idéal, sécurisé par la complicité des parents et la quiétude de son environnement. La neige tombée en abondance est un véritable cadeau. Outre les traditionnelles batailles de boules de neige, la glissoire permet aux frimousses vermeilles de comparer leurs performances dans l'art d'éviter les bobos. Ces activités défiant l'arrogance des frimas, le quart d'heure tartines offre une pause salutaire et sollicite toute l'énergie des mamans. L'appétit particulièrement aiguisé de leur progéniture tranche le bon pain avec une facilité déconcertante et les moustaches couleur choco se dessinent sur les babines rebondies.

Le goûter roboratif comble d'énergie les têtes blondes et leur inspire une idée lumineuse :

«Et si on faisait un super bonhomme de neige ? Ouèèèèè !»

L'enthousiasme ne fait aucun doute.

La couette de neige couvrant le jardinet au coeur du quartier offre généreusement la matière première nécessaire à la confection de l'icône fétiche des cartes météo de notre enfance.

Dans une ambiance récréative, les sphères glacées grossissent à vue d'oeil. Les moufles de laine multicolores façonnent les boules de neige à l'instar du fantasme gourmand d'un cornet géant à la vanille.

L'opération rondement menée trace sur le jardinet des petits sentiers d'herbe gelée.

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Gougnies :conte de Noël, Le bonhomme de neige,  le 20-12-2016
Illustration : Rita Beaurain

Bien vite, l'équipe dirigée de main de maître par Pierrot procède à l'assemblage du bonhomme de neige.
Le sommet des trois boules superposées dépasse largement les bonnets de laine des gamins. Mais forts des calories concoctées par l'amour maternel, les jeunes bâtisseurs ont uni leur énergie pour atteindre l'objectif. Le gros oeuvre est terminé, ce sont les filles qui sont chargées de la finition.

Dans ce domaine, les demoiselles sont manifestement plus subtiles que les garçons. Il faut donner un visage à cet imposant bonhomme, un visage sympathique de préférence. Les bonnes idées fusent de l'imagination féminine et la sculpture d'hiver adopte sa physionomie définitive.

Le haut de forme d'un arrière-grand-père, les gros boutons fantaisie d'un vieux manteau d'une grand-mère, une carotte manifestement génétiquement modifiée, pas bio du tout, subrepticement subtilisée dans le compartiment à légumes d'un frigo, un balai de branchages et une vieille pipe sortie de son sommeil dans la poussière d'un grenier et voilà le travail... Monsieur Hiver du Jardinet du Quartier est né !

Il a fière allure, on peut le dire, et les enfants improvisent une joyeuse farandole en guise d'inauguration.

Tous les adultes sont très rapidement mis au courant de l'arrivée du bonhomme de neige dans leur environnement.

La nouvelle vedette du quartier est faite de cristaux de glace, de quelques accessoires et de l'incomparable richesse d'une enfance saine, de l'émouvante naïveté de ces jeux séculaires qui marquent la vie de souvenirs indélébiles.

De la fenêtre de sa chambre, Pierrot peut apercevoir le bonhomme de neige qui semble rayonner au milieu de ce quartier, berceau de son bonheur. Dans son pyjama de molleton douillet comme le sommeil, le gamin adresse un sourire à monsieur Hiver et lui souhaite une bonne nuit. Mystérieux sous l'éclairage artificiel de la rue, le bonhomme de neige semble lui répondre, à lui et à tous les enfants du quartier. Car Pierrot n'est pas le seul à sa fenêtre...

La période de vacances est favorable à la grasse matinée. Mais dès le lever du jour, l'odeur du café de maman, le départ de papa au boulot et la présence du bonhomme de neige sur le jardinet motivent un saut du lit explosif. Vite à la fenêtre ! Oh non...

Le monde s'écroule. Un indescriptible désarroi envahit l'âme du petit garçon. Le spectacle est désolant.

« Maman ! Maman ! »

Pierrot descend l'escalier quatre à quatre et, les larmes aux yeux, balbutie quelques mots étouffés de sanglots.

« Notre bonhomme de neige, il est... »

Vite, la maman regarde par la fenêtre et comprend instantanément ce qui s'est passé.

Hier soir, quand les enfants étaient endormis assommés par leurs activités au grand air et bercés par leur bonheur, un groupe d'adolescents venus du centre-ville était venu gratifier le quartier d'un concert tonitruant d'échappements de motos et profiter de son isolement pour jouer les cascadeurs arrogants, individus imbibés de boissons et produits peu recommandables. Le phénomène n'est pas rare et alerter les forces de l'ordre ne fait qu'en accentuer la récurrence.

Le bonhomme de neige était devenu la cible rêvée de ces minables et il n'en reste qu'un petit tas de neige maculé de canettes diverses et parsemé de quelques boutons rescapés du massacre.

Les enfants du quartier, figés par l'incompréhension de la gratuité de tels agissements, se regroupent au jardinet. Ils s'observent mutuellement pour savoir qui parlera le premier. Pierrot prend la parole :

« On va leur montrer qu'on est les plus forts ! Demain, c'est Noël, il faut que notre bonhomme de neige revienne, il doit être avec nous ! »

Ces quelques mots de Pierrot font mouche. Il faut peu de temps aux gamins pour nettoyer le site des stigmates de la bêtise et rassembler suffisamment de neige propre.
L'expérience acquise au cours de la journée précédente simplifie et accélère les opérations. Avant le dîner et la soupe chaude bien méritée, monsieur Hiver du Jardinet du Quartier a retrouvé toute sa splendeur. Il est plus grand encore et son visage plus resplendissant. La joie est de retour. Demain, c'est Noël et il faut que le bonheur soit complet.

Le soir venu, le quartier se prépare pour le réveillon.

Les papas ont garni les façades de petites lumières scintillantes et dans cette atmosphère de fête, le bonhomme de neige resplendit. Son sourire semble s'élargir et la blancheur de la neige joue avec les étoiles des guirlandes.

Avant la distribution des cadeaux, les enfants demandent à leurs parents de former une farandole autour de leur bonhomme de neige au rythme de chants de Noël. Les parents acceptent bien volontiers et décident même d'y participer avec eux. Le bonheur est complet, c'est Noël.

Soudain, dans un bruit assourdissant, le groupe de délinquants surgit à l'entrée du quartier. Ils ont manifestement l'intention de réitérer leurs exploits de la veille. Leur façon à eux de fêter Noël...

Les enfants entourent courageusement leur bonhomme de neige et les parents se joignent à eux. Tous ensemble, ils chantent, chantent encore plus fort, en toisant les tristes sires.

La scène se prolonge de longues minutes. Les enfants cachent leur angoisse dans l'énergie qu'ils déploient à chanter avec leurs parents.

Mais si la magie de Noël est un mystère, il suffit d'y croire pour qu'elle devienne une force inestimable.

Le coeur des enfants, l'amour de la famille, la solidarité, tout est réuni autour de ce bonhomme de neige pour vaincre l'absurdité de la bêtise et son cortège de médiocrité.

Sans se concerter, les jeunes voyous font demi-tour et disparaissent dans la nuit.

S'il restait au fond de leur mal-être un soupçon d'émotion, la magie de cet instant est peut-être parvenue à en rallumer la flamme. Qui sait ?

Les enfants passeront au sein de leur famille une fête de Noël qu'ils n'oublieront jamais.

Le bonhomme de neige rayonne au coeur du quartier. Il symbolise avec toute la joie de Noël la force inestimable de la solidarité familiale.

A la fin de l'hiver, là où il aura progressivement fondu aux primeurs du soleil, un bouquet de perce-neige fleurira au renouveau.

Sûr, il reviendra l'an prochain !

Jean Marcelle

UNE FLEUR POUR SIRE GEOFFROY(2015)

« Une partie de chasse est une bataille, il n'est point de mon rang de ne pas vaincre ! »
Telle était la devise de sire Geoffroy.

L'ostentation du seigneur imbu de son autorité lui attribuait sans que nul n'osât le contredire tous les honneurs d'un imposant tableau de chasse.
Afin d'assurer sa suprématie, sire Geoffroy enjoignait son écuyer de seller Arès, un étalon puissant et sanguin, un remarquable destrier fier au combat et fidèle à son seigneur dans le chaos des batailles. Arès et son cavalier ne craignaient rien. Ils étaient intimement complices, aussi arrogants l'un que l'autre et suscitaient le respect tant à la guerre qu'au cours des tournois ou des fréquentes parties de chasse. Arès était sans aucun doute le seul être à estimer vraiment son maître...

Les veneurs avaient regroupé les chiens de la meute et le groupe avait pris la direction du château.
A l'orée de la forêt, le seigneur, quelques bourgeois privilégiés et ses gardes du corps devaient emprunter le chemin des paysans, battu par les sabots des bêtes de somme condamnées à perpétuité au dur labeur du peuple de la seigneurie. C'était un combat perpétuel de paysans exsangues, impuissants face à l'avidité ostentatoire de Geoffroy, adepte des lourdes redevances. Les moulins, les fours et pressoirs devaient sans cesse travailler. De l'aube à l'aurore, ils transformaient le fruit de ces terres plus ou moins fertiles afin d'enrichir le seigneur et éventuellement, si le ciel le permettait, nourrir les familles des campagnes. C'était ainsi, nul ne pouvait revendiquer quelque privilège sans s'attirer de pénibles représailles...

Geoffroy se complaisait sur le piédestal de sa puissance et menait grande vie. Entre batailles, joutes et chasses à courre il festoyait sans vergogne et le château regorgeait de diverses richesses.

Un événement cependant avait égratigné sa plénitude. De son union avec Yolande, la châtelaine, Geoffroy avait une fille, Sara, âgée de huit ans. Sara était belle comme le jour mais depuis sa naissance, on ne pouvait percevoir le son de sa voix. Elle s'était prostrée dans le silence, comme si le monde qui l'entourait l'avait figée dans une sphère de sérénité. Dame Yolande était très affligée mais n'osait trop exprimer sa peine face au despotisme de son seigneur. Celui-ci n'avait manifestement pas le temps de s'attendrir. Il ne pouvait en aucun cas se laisser envahir par l'émotion, ce n'était point de son rang puisque... Telle était sa devise !

Le groupe de chasseurs s'approchait du château.
A quelques arpents du pont-levis enjambant les douves de la forteresse, un paysan au regard mystérieux interpella sire Geoffroy.

« Holà messire ! »

Mais du haut de son destrier, le seigneur tonitrua :
« Gardes ! Otez ce manant de mon chemin ! »

Sans aucun ménagement, l'humble personnage fut éloigné sur le champ et, à la suite de sire Geoffroy, les cavaliers s'annoncèrent à la cour au rythme des sabots sur les poutres du pont-levis. Les cuisiniers s'empressèrent autour du tableau de chasse afin de mitonner sans tarder la fête du soir.
Au cœur du logis seigneurial, le banquet battit son plein dans une débauche de nourriture. Le vin coulait à flots et sa robe chatoyante entraînait celle des gentes damoiselles dans une danse animée par les flammes de l'âtre et rythmée par les tambourins des ménestrels. Jongleurs et bouffons faisaient rire les bourgeois de la cour sauf... Sara, trônant aux côtés de la châtelaine mais mystérieusement absente, isolée dans son silence.

Le lendemain, serviteurs et meschines procédèrent à la toilette de sire Geoffroy.
Pendant que les femmes et enfants vaquaient à leurs occupations, filage de la laine, broderie ou répétitions de luth, le seigneur rassemblait les hommes de sa cour avec son bailli afin de débattre des sujets de la seigneurie.
« Seigneur Geoffroy ! » clama un garde en pénétrant dans la salle du pouvoir.
Le bailli se leva et demanda au garde quelle était la raison de son intrusion.
« Un paysan prétend détenir le remède qui peut guérir la fille de notre seigneur et souhaiterait lui en faire part. »
Le bailli fit part à sire Geoffroy de cette étrange nouvelle. Celui-ci parut agacé.
« Calembredaines ! » s'exclama-t-il.
« Renvoyez ce manant à son labeur et qu'il s'estime heureux que je ne le châtie point pour son outrecuidance ! »

Le chevalier commandeur du pouvoir reprit sa place au sein du conseil et l'incident fut considéré comme étant clos.
A l'issue des débats, sire Geoffroy exprima son souhait d'organiser une grande chasse à courre le 24 décembre afin que réserves et celliers soient bien garnis pour la ripaille de Noël. Les hommes de la cour accueillirent ce souhait avec grand enthousiasme. A cet instant, le seigneur poussa aux oubliettes les petits soucis de gestion de la seigneurie évoqués par le conseil et considéra l'événement festif comme seul objectif.
Arès et son maître avaient soif de combat. A travers bois et campagnes enneigés, ils allaient poursuivre sans merci un gibier au niveau de leur rang. Cerfs et sangliers pouvaient dès lors se mettre à trembler...

Le 24 décembre, sire Geoffroy était ravi.
La neige avait envahi ses terres. Elle ne réjouissait pas particulièrement les paysans astreints à subir les rigueurs de l'hiver mais le seigneur était enchanté du décor idéal s'offrant à une chasse effrénée dont il serait immanquablement le héros.
L'écuyer de Geoffroy avait pris un soin tout particulier pour harnacher Arès dans ses plus beaux atours. L'étalon trépignait comme son maître. Le sang pur gonflait ses veines et son regard brillant exprimait toute l'excitation que cette escapade lui inspirait.
Le pont-levis s'était couché sur la douve et la lourde herse remontait dans un grincement de chaînes d'acier.

Les yeux de Geoffroy furent étrangement attirés par une ombre à la fenêtre centrale du logis. A travers les vitraux, il reconnut le visage de Sara. La petite observait discrètement le départ de son père. Celui-ci eut un moment d'hésitation puis saisit fermement les rênes de son destrier et proclama solennellement l'ouverture de la partie de chasse.
Chiens et chevaux fendaient la neige dans une course feutrée et les chasseurs s'enivraient d'air frais et vivifiant. Piégés par les chiens déchaînés et transpercés par les flèches des hommes, cerfs et sangliers agonisaient en laissant sur la neige les stigmates sanglants du combat. Serviteurs et gardes du corps se répartissaient le tableau en fixant le gibier au harnachement de leur monture. Il n'y aurait point de modérations pour les convives du soir, la viande ne manquerait en aucun cas et le vin pressé par les paysans de la seigneurie comblerait à satiété les calices d'étain.

En décembre, la nuit ne tarde pas et sire Geoffroy ne pouvait se laisser vaincre par l'obscurité. Ce n'était point de son rang... Il donna l'injonction aux veneurs de rassembler la meute et aux chasseurs de prendre la direction du château. Sur le chemin des paysans, le serf au regard mystérieux interpella à nouveau son seigneur.
Geoffroy était d'humeur complaisante. Etait-ce la satisfaction d'une chasse rondement menée, la perspective d'une belle soirée où le festoiement serait de mise ou... La magie de Noël ? Dès qu'il aperçut le serf, il tira à lui les rênes d'Arès et se tourna vers ses hommes pour enjoindre le silence.

« Qu'as-tu à me dire, paysan ? Ton seigneur t'écoute ! »
Le serf ne sembla guère surpris de cette soudaine attention. Sûr de lui, serein mais déterminé, il réitéra son incroyable affirmation :
« Sire, je détiens le remède qui peut délier la langue de votre fille ! »

Geoffroy eut alors le sentiment que ce petit homme pétri d'humilité était porteur d'une mystérieuse vérité et qu'il devait faire fi de son rang pour daigner l'entendre.
« Je t'écoute, dis-moi ce que tu sais et sache que je n'apprécie point la moquerie, surtout si elle émane d'un serf ! »
Le paysan ouvrit délicatement sa besace de toile et en sortit une fleur, surprenante apparition dans ce décor d'hiver.
« Prenez cette fleur messire. Ce soir, donnez-la à votre fille, refermez la paume de sa main sur la tige et, à votre tour, prenez la main de l'enfant sur votre cœur. Laissez ensuite parler celui-ci... »

Etrange scène...

Au pied de sa forteresse, devant ses gardes du corps ébahis, le seigneur Geoffroy acceptait des mains de ce serf une petite fleur, un symbole de délicatesse. Même Arès ressentait le mystère de ce moment et se tenait parfaitement tranquille.
De retour au château, l'ambiance d'après chasse battait son plein. Les cuisiniers et marmitons s'affairaient autour des victimes à poils et à plumes, les écuyers prenaient armes et montures en charge afin de leur apporter tout le soin que le seigneur exigeait.

Geoffroy fit mander serviteurs et meschines afin de procéder à ses ablutions et le
revêtir de ses vêtements de fête.
Mais avant de regagner la salle des festins, il fut irrésistiblement attiré par cette petite fleur que lui avait donnée le serf sur le chemin des paysans. Il la saisit délicatement et, avec perplexité, la fixa du regard.

« C'est Noël... Ne dit-on pas qu'il se passe des choses ? »

Décidément, ce sentiment lui était méconnu mais une force irrésistible semblait aiguiser sa curiosité.
Il se dirigea vers la chambre de sa fille.
Sara était assise sur une chaire de bois et observait les ombres dessinées sur les voûtes de sa chambre par la flamme des cierges.

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Gougnies :conte de Noël, sire Geoffroy,  le 08-12-2015
Illustration : Rita Beaurain

Elle fut un peu surprise par l'apparition de ce père qu'elle connaissait à peine.
Geoffroy s'agenouilla au pied de la chaire, prit la main de sa fille et en garnit la paume de la fleur du serf. Il referma la menotte de douceur sur la petite plante mystérieuse et garda l'ensemble au creux de sa patoche de guerrier. Il posa le tout sur le côté gauche de sa poitrine et, comme lui avait dit le paysan, il laissa parler son âme.
Il resta ainsi de longues minutes, les yeux fermés, harmonisant les battements de son cœur aux pulsations de sa fille perceptibles dans la petite main qu'il tenait dans la sienne.

Dehors, sublimée par les hautes murailles d'enceinte, on pouvait entendre la cloche de la chapelle chanter Noël.
Soudain, émergeant d'un merveilleux mystère, deux flèches fendirent le silence et terrassèrent le cœur de pierre :
« Pa-pa ! »

L'implacable guerrier fondit comme un bonhomme de neige au soleil du printemps.
Il regarda sa fille et, lui adressant sans doute son premier sourire sincère, libéra devant elle tous les sentiments qui croupissaient dans les oubliettes de son orgueil.
D'un bond il se leva, fit part de ce miracle à son épouse, une dame Yolande inondée
de bonheur et convoqua sur le champ le chef de sa garde.

« Je suis à vos ordres, sire Geoffroy ! »
« Fais baisser le pont levis et hisser la herse, va sur le chemin des paysans et retrouve sans tarder le serf qui m'a donné une fleur à notre retour de chasse. Trouve-le et amène-le moi ! »

Le festin n'avait pas encore commencé lorsque le chef des gardes du corps revint au château avec le paysan. Sire Geoffroy le reçut dans la grande salle du conseil. Il lui fit part du fabuleux événement qu'il venait de vivre et le questionna sur les propriétés magiques de cette fleur mystérieuse.
Le serf, avec beaucoup de sérénité, lui tint ce langage :

« Cette fleur s'appelle « la débonnaire » appelée aussi « cœur de Noël ». Son parfum insuffle, dans le plus profond de l'être, l'air pur qui réanime les sentiments étouffés par l'orgueil. Sara, votre fille, vous parlait depuis sa naissance. Mais de votre piédestal d'arrogance, vous ne pouviez percevoir le son de sa voix. Je ne suis qu'un humble paysan, mais je connais le secret de l'amour et la force magique qu'il octroie à tout qui peut l'entendre. Vous avez daigné m'accorder quelques instants, sire Geoffroy, et vous avez découvert les pouvoirs de l'écoute des autres. L'orgueil était probablement le seul ennemi que vous n'aviez pas vaincu... Aujourd'hui, c'est chose faite, vous êtes maintenant un seigneur digne de votre rang... »

Jean Marcelle



LA PETITE EPICERIE(2014)


La petite ville se veut contemporaine.

Autrefois artisanale, elle se tourne résolument vers les nouvelles technologies. Elle axe ses activités sur les vecteurs de l'expansion commerciale, de l'innovation au service de la société de consommation. Les petits métiers d'hier se sont progressivement effacés dans un décor moderne, un environnement voué au progrès, à l'informatique, à l'automobile...

Un monde au sein duquel les moyens de communiquer semblent émerger de la science fiction mais où hélas les gens ne communiquent plus...

Dans la périphérie de la cité, une zone d'activité exhibe de prestigieuses enseignes aux consonances internationales vectrices d'emploi, certes, mais aussi disproportionnées qu'arrogantes. Les dinosaures de la distribution se multiplient et leur gourmandise herbivore efface les prairies au profit du béton, tapis d'honneur déroulé sans vergogne pour l'accueil de la sacro-sainte voiture.

Il faut aller vite, le temps est de l'argent et il en faut pour consommer plus.

Au coeur de la cité, certains quartiers conservent et protègent les vestiges de leur passé. Dans les petites rues à l'architecture préservée, la sensibilité respecte l'histoire et ses trésors. Les habitants nostalgiques des cartes postales qui dessinent à la sépia les scènes d'antan prennent le temps de s'y balader et d'y partager ces moments privilégiés où l'on évoque d'émouvants souvenirs.

Confortablement blottie entre deux imposantes maisons de maître, une petite épicerie semble défier le temps. Sa discrète enseigne exhale l'humilité et l'état de sa façade laisse supposer que tout n'y est pas que bonheur. Elle survit, tant bien que mal, à la modernisation de la consommation, à un marketing impitoyable qui, au nom du profit, crée des besoins souvent superflus...


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Gougnies - Gougnies: la petite épicerie, conte de Noel - Cliquez pour agrandir

Montage Rita Beaurain

Derrière son comptoir en bois verni, le petit monsieur aux cheveux blancs n'oublie jamais son sourire. Il pourrait le déposer là, sur la toile cirée de la table, dans la petite pièce de derrière où la cafetière fredonne indéfiniment la chanson du café du matin. Mais non, dès que les clochettes de la porte de l'épicerie carillonnent l'arrivée d'un client, la joie du contact humain illumine son visage. Il semble évident que le bonheur de pouvoir échanger quelques mots avec un habitant du quartier supplante largement la satisfaction des menues pièces que représentent une boîte de petits pois ou une bouteille de lait.

Depuis de nombreuses années, ce petit magasin de quartier perpétue l'art d'échanger les nouvelles du coin tout en offrant aux consommateurs distraits l'opportunité de combler un oubli dans une liste destinée aux achats en grande surface. Beaucoup d'anciens se souviennent de l'époque où l'épicier tout jeune avait repris le commerce de ses parents. C'était du temps où les gens du quartier s'inventaient un manque de sel ou de sucre pour venir papoter à la petite épicerie... Belle époque qui offrait encore au verbe communiquer une consonance profondément humaine.

Ce 24 décembre, le jour se lève péniblement. Le ciel gris manifeste sa mauvaise humeur et garde égoïstement sous sa couette la clarté d'un matin ensoleillé. Sans aucun doute, le Père Noël va devoir chausser ses rennes de sabots neige. Le vent de nord-ouest annonce de sérieuses précipitations hivernales et proclame avec de plus en plus de véhémence l'arrivée d'une belle tempête de saison.

Très vite, les premiers flocons se mettent à tourbillonner dans un souffle boréal et, en quelques heures, une imposante quantité de neige paralyse progressivement l'animation caractéristique d'un jour de réveillon. La cité se calfeutre sous la tempête.

Comme si la petite ville voulait effacer les ratures bétonnées de ses ambitions commerciales, elle déploie sans tarder son duvet immaculé et offre au décor tout le talent du grand artiste de l'hiver célèbre pour ses cartes de Noël.

Tel un enfant qui redécouvre avec toute son énergie le plaisir des jeux de neige, le vent s'anime dans le décor. Les ombres s'estompent et la pureté de la blancheur se fait omniprésente. Tous les indices d'une intense activité citadine sont promptement effacés et même la reine automobile perd, face aux éléments, sa légendaire autorité.

Peu avant midi, tout s'est engourdi. L'épaisseur de la neige et les facéties du vent ont rendu la ville à la nature. Les bruits familiers de l'activité légitime d'un jour de fête semblent ouatés par la tempête.

Sous les enseignes de la zone commerciale, le personnel devient inquiet. Les conditions s'avèrent de plus en plus difficiles et, en dépit de la beauté du décor, cela n'arrange pas particulièrement le monde des affaires...

Décidément, ce 24 décembre ne sera pas comme les autres...

Lorsque le jour décline subrepticement, les éléments se déchaînent à nouveau. Dans la campagne avoisinante, un vent complice de la neige gelée s'acharne sur une ligne à haute tension et provoque un incident majeur sur le réseau de distribution d'électricité. Des isolateurs ne résistent pas aux fréquences imposées par la conjugaison des éléments et une rupture de câble entraîne le déclenchement général.

La petite ville est soudainement plongée dans une pénombre que seule la neige a cependant la délicatesse d'atténuer.

Décidément, ce 24 décembre ne sera pas comme les autres...

Sans énergie, les grands magasins se trouvent littéralement paralysés. Même les portes automatiques restent désespérément fermées et la gestion informatique inutilisable.

Paradoxalement, dans les rues de la cité, les habitants ne semblent pas s'affoler. Comme si la magie de Noël prenait spontanément la direction des opérations, c'est avec une certaine désinvolture que la population négocie la situation. Il va falloir s'adapter, certes, mais tout est relatif. D'autres personnes moins favorisées peuvent davantage souffrir de ce genre de situation. Alors, c'est Noël, et bien, on va s'organiser...

Le bouche à oreille fonctionnant particulièrement bien dans ce genre de petite ville, les gens ont vite compris que l'incident était sérieux et qu'il faudrait plusieurs heures aux services techniques pour effectuer les réparations permettant de rétablir l'électricité sur le réseau.

Décidément, ce 24 décembre ne sera pas comme les autres...
Dans les familles, l'ambiance est décontractée. Quoi qu'il arrive, on fera la fête. Les enfants sont très amusés par la multiplication des bougies dans toutes les pièces de la maison et fascinés par la danse chaleureuse des flammes dans un foyer généreusement garni de bûches salutaires.

La maîtresse de maison qui ne cuisine pas au gaz réorganise son menu de réveillon. Le foie gras sera très bien comme ça et la dinde peut attendre le lendemain, jour de Noël, pour se dorer parmi les alléchants parfums de sa destinée.

Le père de famille octroie à quelques bonnes bouteilles la sensuelle caresse qui dépoussière le prestige d'une appellation. Pas besoin d'électricité pour apprécier à la lueur d'une flamme de bougie la richesse dorée d'un vieux Monbazillac éternel amoureux de la tranche de foie gras et les éclats de rubis d'un noble Bourgogne savouré devant le feu de bois.

Non, décidément, ce 24 décembre ne sera pas comme les autres...

Dans la petite épicerie du quartier, le vieux monsieur aux allures de Père Noël est aux anges...

A la lumière discrète mais conviviale de lampes à pétrole précieusement conservées par la sagesse d'un ancien, le magasin retrouve son âme d'autrefois. De nombreux habitants du quartier s'y retrouvent par l'étrange magie des circonstances. Ils sont venus pour improviser un achat de dernière minute... Ils y trouvent autre chose, un plaisir presque oublié de se parler, de se raconter à la chaleur d'une poignée de mains.

Bien sûr, la panne d'électricité alimente majoritairement les conversations mais beaucoup sont heureux de prendre tout simplement des nouvelles de leur voisin. La petite épicerie exhale une atmosphère particulière. Comme une crèche de Noël au sein de laquelle renaît l'art de communiquer.

Et puis, comme dans toute crèche, les rois mages ne sont pas venus les mains vides. Tous ces clients inattendus auront offert un magistral coup de pouce au chiffre d'affaire de la petite épicerie.

Demain, le réseau de distribution d'électricité aura retrouvé son plein rendement.

Les grandes enseignes reprendront leur activité à plein régime et la panne de la veille n'aura finalement pas plus d'impact qu'une grève du personnel.

Mais les habitants de la petite ville auront perçu un message de Noël finalement très clair. Dans un monde hautement technologique, l'art de communiquer se déshumanise. Faut-il un incident dans le système pour que les gens réapprennent à se parler ?

En tout cas, lorsque les habitants du quartier se retrouveront volontiers dans la petite épicerie, ils reparleront longtemps de ce 24 décembre décidément pas comme les autres.

Et le vieux monsieur aux cheveux blancs leur dira :

« C'était pour moi comme un conte de Noël ! »

Jean Marcelle



EXPULSION (2013)

Dans la grande forêt du Nord, le décor fabuleux du grand théâtre de la vie sauvage s'étend à perte de vue entre les rivières érodant sans fin la roche glacée de la plaine et la montagne fouettée avec vigueur par le vent boréal.

Ce rude mais majestueux environnement invite la flore et la faune à s'adapter au mieux afin d'y maintenir une harmonieuse symbiose. Les loups, particulièrement intelligents, sont parfaitement conscients de la nécessité vitale d'une cohabitation bien structurée. Le sens inné de l'organisation sociale de la meute permet à ce légendaire carnassier d'offrir à sa race une indéniable prospérité. Les familles sont soudées, le groupe est hiérarchisé et les règles établies d'instinct par les anciens doivent impérativement être respectées. Les étrangers à la meute sont indésirables et les uns s'aventurent rarement sur le territoire conquis par les autres...

Mentor était le chef de la meute. C'était un superbe loup rouge du Canada, imposant dans toute sa puissance et au regard brillant d'intelligence. Son expérience de la meute et son autorité parfaitement consentie par les siens l'avaient épanoui dans une grande sagesse. Il était respecté et Tila, son épouse fidèle, était un exemple d'instinct maternel. L'attention qu'elle portait à sa famille était sans cesse admirée par les autres femelles et leur progéniture.

Un soir de printemps, lorsque le soleil timide accorde un peu plus de son temps à la nature qui s'étire et que les stalactites de glace offrent à la rivière leurs premières perles fraîches, la meute était partie chasser au pied de la montagne. Le gargouillis mélodieux des méandres rocailleux gorgés d'eau limpide annonçait le renouveau et attirait le gibier émoustillé par le retour de jours meilleurs.

Mentor avait organisé la chasse et la réussite de celle-ci dépendait d'une stratégie parfaitement comprise et maîtrisée par les jeunes mâles de la meute. Les femelles s'étaient regroupées et veillaient attentivement sur les louveteaux, telles des éducatrices d'une garderie remarquablement tenue.

Et Tila l'aperçut...

C'était un jeune loup gris probablement issu d'une meute vivant dans la plaine s'étendant au pied du versant est de la montagne et manifestement égaré. Les siens avaient très vraisemblablement été victimes de trappeurs et le louveteau s'était retrouvé seul dans la nature, trop jeune pour confier son instinct à son sens de l'orientation. Attiré par les louveteaux s'ébattant sous la bonne garde de Tila et des siennes, le loup gris tentait de s'immiscer parmi eux. Tila, en bonne mère, ressentait le désarroi de l'intrus et, bien que les règles de la meute soient strictes à ce sujet, ne pouvait se résigner à le chasser. Elle s'approcha de lui et lui fit comprendre qu'elle ne lui ferait aucun mal. Mis en confiance par l'attitude de la louve, le jeune loup gris lui confia en geignant qu'il avait fui les trappeurs et qu'il avait trop peur de leurs pièges pour rejoindre le territoire de sa meute. Il s'appelait Wolfy...

Tila savait pertinemment bien que sa façon d'agir allait créer un malaise au sein de sa meute. Mais son instinct la trompait rarement et puis, finalement, elle était l'épouse du maître et le seul à convaincre, c'était bien lui !

Mentor était un chef de meute et ce statut dont il était fier ne l'autorisait pas à céder à tout excès de sentimentalisme. Ne pas respecter scrupuleusement les règles dont il était le gardien était susceptible de le discréditer auprès des siens. Mais il était aussi l'époux de Tila et de cela aussi, il était fier.

Toute la nuit, la nervosité au sein de la meute fut palpable et la tension entre les loups ne put être maîtrisée que grâce à la sagesse de Mentor. Afin de sauvegarder son autorité vis-à-vis des autres mâles, il parvint à un compromis. Conscient que l'instinct de Tila ne pouvait nuire en aucun cas à l'harmonie du groupe mais soucieux également d 'en respecter les règles, il décréta que Wolfy pourrait rester au sein de celui-ci jusqu'à ce que sa maturité lui permette de rejoindre les siens. Wolfy était un loup gris, une race différente fréquentant les lycaons. Le moment venu, il devrait regagner le versant est de la montagne et réintégrer ceux de sa race.

Tout au long des beaux mois de l'année, Wolfy fut toléré sans incident particulier au sein de la meute. Il grandissait sous le regard bienveillant de Tila mais n'osait trop croiser Mentor qui gardait décidément ses distances. Avec les jeunes loups, Wolfy apprenait à développer ses sens et à peaufiner son instinct. Les plus grands l'initiaient à la chasse et lui inculquaient les réflexes naturels indispensables à chaque membre de la meute pour en assurer la sécurité et la sérénité. Progressivement, Wolfy réussissait à s'y intégrer et à partager ses principales activités. Il gardait fondamentalement les gènes de la race des loups gris mais s'épanouissait sans mal à l'école des loups rouges du Canada.

Fin décembre, l'hiver avait repris tous ses droits sur les terres du Nord et, par assauts successifs de tempêtes glaciales, le froid relançait les hostilités ancestrales. Fidèle à ses conventions établies avec les anciens de la meute, Mentor signifia à Wolfy qu'il devait maintenant rejoindre ceux de sa race. Le chef de la meute en personne et quelques jeunes mâles de bonne garde escorteraient le jeune loup gris pour s'assurer de son retour sur les terres des siens.

Au moment de quitter le territoire de ses hôtes, Wolfy tourna une dernière fois la tête vers la meute manifestement attristée par cette séparation et son regard sincère croisa celui de Tila. Dans les yeux clairs de la louve, on pouvait percevoir le même désarroi que celui de la première rencontre...


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Gougnies - Gougnies: le conte de Noël. Les loups. - Cliquez pour agrandir
Illustration Rita Beaurain

Arrivé au pied de la montagne, le groupe fut surpris par une terrible tempête de neige. Le vent avait atteint une force contre laquelle les loups ne pouvaient lutter. Il était impératif pour eux de trouver sans tarder un abri sûr, c'était une question de vie ou de mort. La densité de la neige emportée par les bourrasques avait complètement annihilé l'instinct d'orientation des loups et même Mentor semblait perdu dans l'implacable tourmente. Dans un réflexe suprême, les loups se regroupèrent et se blottirent dans la neige, les uns tout contre les autres afin de maintenir au mieux leur température corporelle. Seul Wolfy poursuivit son chemin, comme poussé par une irrésistible intuition. Mentor le regarda s'éloigner et se dit que peut-être, s'il survivait, il reverrait les siens. Wolfy disparut dans la tempête...

Engourdis par le froid, les loups perdaient progressivement l'usage de leurs sens. Pourtant entraînés aux pires situations, ces mâles pleins de vigueur se laissaient emporter par l'inéluctable.

Soudain, surgi de nulle part, Wolfy réapparut auprès du groupe. Dans un hurlement dominant la puissance du vent, il fit comprendre aux loups qu'ils devaient le suivre. Wolfy avait découvert une importante anfractuosité dans le flanc de la montagne et compris que c'était pour eux tous la seule chance d'en sortir. Mentor et les siens se réfugièrent sans tarder dans cet abri providentiel. Blottis dans le creux de la grotte qui les protégeait du vent, de la neige et du froid, ils reprenaient des forces. Il suffisait maintenant d'attendre que la tempête se calme.

Peu à peu, la sérénité revenait sur la montagne. Les bourrasques avaient cessé et le ciel était enfin débarrassé de ses gros nuages saturés de neige. Du fond de la grotte, par l'ouverture de l'anfractuosité, Mentor pouvait apercevoir les innombrables étoiles.
Un peu à l'écart du groupe, Wolfy se sentait soulagé. Deux paires d'yeux illuminés par la clarté de la lune invitée à la fête des étoiles se croisèrent dans un moment de grande intensité. Le message codé dans le regard de Mentor à l'égard de Wolfy était clair et celui-ci l'avait décrypté sans peine. Il n'y avait aucun doute, rouge ou gris, ces loups étaient de la même race et avaient le même instinct. Il n'y avait aucune raison que Wolfy ne puisse vivre parmi ceux qui l'avaient protégé.

Ayant retrouvé le plein usage de leurs sens et de leur force, les loups reprirent, tous ensemble, le chemin de la meute. Wolfy se réjouissait de revoir Tila et tous ses amis. Mentor, par son geste, avait encore grandi dans l'estime des siens.

Dans la plaine, de l'autre côté de la rivière, les cloches du village jouaient d'écho en écho avec les flancs de la montagne. Les hommes fêtaient la nuit de Noël. Ils ignoraient qu'à deux pas de chez eux, des loups pouvaient vivre aussi des histoires pareilles aux leurs, des situations parfois difficiles auxquelles seul le bon sens peut répondre. Puisse ce bon sens combler la hotte du Père Noël...

Jean Marcelle




LA TROMPETTE DE L'ANGE (2012)

C'était le dernier jour du trimestre, veille de Noël et des vacances d'hiver.
Le brave instituteur avait accordé l'après-midi à ses élèves et les garnements avaient quitté leur petite école avec un enthousiasme rythmé de cris de joie.

Et pourtant, la rue n'était pas bien gaie.

La région autrefois industrielle n'était plus qu'un vaste cimetière d'usines abandonnées par les potentats de la finance. La petite ville d'antan avait été particulièrement vivante et prospère mais là, elle tâchait péniblement de survivre, malade de ces virus implacables qui rongent l'emploi et la vie quotidienne.
Dans les petites maisons des travailleurs, on évoquait encore le souvenir tout proche d'une activité familiale intense, les beaux dimanches au son de l'accordéon et aux saveurs de la bonne bière artisanale du terroir, récompense bien méritée après une semaine de travail. Les soirs de printemps, lorsque le soleil devenait plus courageux, les hommes qui ne l'étaient pas moins s'affairaient dans leur petit jardin tandis que les mères de famille prenaient bien soin de leur progéniture. Une vie toute simple, saine et vectrice de bonheur pour ces braves gens qui n'en demandaient pas plus...

Mais le chômage s'était installé sur cette terre et y régnait en défigurant impitoyablement le paysage.

Jérôme, sympathique gamin de 12 ans, effectuait sa dernière année dans l'établissement communal. Ses projets concernant son avenir étaient encore vagues dans son esprit, mais il avait une passion profondément ancrée dans ses rêves, la musique ! Sur le chemin de l'école, Jérôme s'arrêtait chaque jour sous une enseigne délavée. C'était le magasin d'un artisan local qui avait connu la prospérité lorsque les fanfares défilaient dans la ville pour rejoindre le kiosque du dimanche et que les orchestres animaient les bals des jours de fête. Quelques instruments garnissaient encore sa modeste vitrine et les yeux de Jérôme brillaient comme l'éclat des cuivres. Ah cette trompette ! Lui qui, avec un simple morceau de tuyau, pouvait improviser une charge de cavalerie, se voyait bien actionner les pistons de ce merveilleux instrument... Mais le prix de l'objet inspirait plus l'artillerie que la cavalerie ! Et la situation familiale ne permettait malheureusement pas de concrétiser ce rêve. Le minimum de confort que le père voulait assurer aux siens lui imposait la gestion la plus stricte du ménage et Jérôme le savait très bien.

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Gougnies - Conte de Noël: la trompette de l'ange - Cliquez pour agrandir
Photo et montage Rita Beaurain avec la complicité d'Alessandro, Camille et Manon

Dans une rue qu'il pensait bien connaître, la gamin aperçut une vieille dame dans le petit jardin d'une maisonnette qu'il croyait inhabitée.
La brave dame éprouvait manifestement des difficultés à marcher mais elle s'efforçait cependant de déplacer quelques bûches de bois vers une remise où le précieux combustible serait à l'abri de la neige qui commençait à tourbillonner dans le ciel gris de décembre.

Jérôme poussa spontanément la barrière du jardinet et se dirigea vers la dame.
« Voulez-vous que je vous aide, madame ? »
« Mon Dieu que tu es gentil mon garçon, avec plaisir ! »

Le gamin déposa son cartable à l'entrée de la remise et s'activa avec toute la force de sa jeunesse autour du tas de bois. En moins d'une demi-heure, toutes les bûches étaient rangées à l'abri et le sourire de la vieille dame exprimait une profonde reconnaissance. Son visage était resplendissant sous un diadème de cheveux argentés.
Jérôme se sentait bien auprès d'elle et c'est sans hésiter qu'il accepta son invitation :
« Viens te laver les mains, bonhomme, et puis nous boirons ensemble une bonne tasse de chocolat chaud ! »

Le cacao était chaleureux comme la dame, il réchauffait le coeur et procurait un véritable bien-être. Sous un modeste sapin de Noël, une jolie crèche racontait en quelques personnages l'histoire magique de la Nativité. La dame observait en souriant le regard fasciné du gamin et se leva de son fauteuil.
« Attends là, mon garçon, je reviens de suite ! »

Elle disparut un moment dans la petite pièce du fond et revint avec un coffret noir équipé d'une poignée et de deux fermetures en laiton. La curiosité de Jérôme croissait avec une certaine excitation. L'aspect du coffret lui rappelait bien quelque chose, mais il n'osait y penser. La dame posa l'objet sur les genoux du gamin et lui dit en souriant :
« Vas-y ! Ouvre ! »

Un peu tremblant, Jérôme déverrouilla délicatement les fermetures du coffret et, les yeux écarquillés, en souleva le couvercle.
Posée sur son écrin de velours noir, une superbe trompette étincelante comme l'étoile de la crèche faisait battre le coeur de Jérôme tel un tambour de Noël.

« Wouââ ! Qu'elle est belle ! »

« Elle est pour toi, mon garçon ! Cet objet vient de ma lointaine famille et j'attendais le jour où je rencontrerais quelqu'un de bien à qui l'offrir ! Ton geste charitable et généreux m'a particulièrement touchée et je suis très heureuse de réaliser ton rêve... Car je crois savoir que c'était bien ton rêve, non ? »
« Mais... Comment... Vous... »
« Ne te pose pas de questions, Jérôme, dis-toi simplement que c'est la magie de Noël... »

Jérôme saisit l'instrument avec la délicatesse d'un joaillier manipulant le plus beau diamant du monde. Il appliqua l'embouchure sur les lèvres et en sortit quelques notes avec une facilité étonnante. Par le plus mystérieux des hasards, le type d'embouchure correspondait parfaitement aux lèvres du gamin... Magie de Noël...

Il remit la trompette dans son coffret et, avec une kyrielle de mercis , embrassa tendrement la vieille dame rayonnante de bonheur. En quittant le maisonnette, le gamin se retourna à maintes reprises vers la dame pour lui adresser avec sincérité un affectueux signe de gratitude. C'était le plus beau jour de sa vie...

Le soir à la maison, la maman de Jérôme avait mis tout son talent au service de sa famille afin de préparer, avec des mets simples mais savoureux, le meilleur réveillon possible. Le papa avait débouché une bouteille de Bourgogne et en savourait avec bonheur la sincérité de la couleur et la classe du palais. C'était pour Jérôme le moment privilégié de la chaleur familiale, le moment idéal pour raconter son histoire et montrer à tous le merveilleux trésor dont il était le propriétaire comblé.
Un peu incrédules au début, les parents du gamin savaient cependant que celui-ci n'était pas un menteur. Ils écoutèrent attentivement le récit des événements et demandèrent à voir l'instrument. Jérôme, inspiré par l'esprit de Noël, présenta sa trompette comme un nouveau-né, avec la même cérémonieuse délicatesse et le sourire d'une immense fierté.

Les parents échangèrent un regard complice. Ils avaient saisi la légitimité de ce merveilleux cadeau et félicitèrent leur fils pour son geste charitable envers la vieille dame.
Autour du poêle à bois au coeur duquel crépitaient les bûches avec l'allégresse des jours de fête, le gamin prit le précieux instrument et offrit à sa famille les premières notes de son bonheur.

Elles étaient « FA-MI » comme celle au sein de laquelle il se sentait si bien.
Elles étaient « DO-RE » comme l'étoile de l'espoir sur la crèche de Noël.
Elles étaient « LA-MI » comme celui avec lequel il est bon de partager.
Elles étaient « LA-DO » généreux comme un jeune qui croit encore en son avenir.

Après les vacances d'hiver, en revenant de l'école, Jérôme voulut rendre visite à la vieille dame. Il avait dans son cartable quelques bonans aux saveurs du talent maternel. Il poussa avec enthousiasme la petite barrière du jardinet et alla frapper à la porte de la maisonnette. Celle-ci paraissait vide et son appel resta sans réponse. Personne...

Dans la rue, il croisa un monsieur à qui il demanda :
« Elle est partie, la dame qui habite dans cette maisonnette ? »
« Oh mon garçon, il y a longtemps ! Elle doit être au Ciel, maintenant ! »
Un peu surpris, Jérôme avait un sentiment mystérieux. Il ne parvenait pas à être triste et se sentait convaincu que tout cela était dans l'ordre des choses...

Le parrain du gamin, conscient que son filleul présentait réellement une aptitude innée à la musique, lui offrit pour l'année scolaire suivante l'inscription et les cours à l'académie.

Vingt ans plus tard, Jérôme était un brillant trompettiste, professeur à l'académie et chef d'orchestre se produisant dans le monde entier.
A Noël, il organisait un grand concert au profit des oeuvres sociales de sa région natale.
Le premier morceau interprété par ses musiciens était de sa composition.

Il s'appelait : « La trompette de l'ange ».

Jean Marcelle


LE RETOUR DU BIGOUDEN (2011)

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Gougnies - Conte de Noël, le Bigouden. Gougnies 2011 - Cliquez pour agrandir
Aquarelle Rita Beaurain et insert Photoshop


Fils de la Bretagne et de l'océan, Karadeg est un patron pêcheur appartenant à cette admirable famille des loups de mer. Il a hérité de la passion de ses ancêtres et ne conçoit pas son existence à l'abri du vent du large. Il connaît l'océan, l'aime, mais surtout le respecte. Il sait que ses colères peuvent être terrifiantes quand elles rugissent entre les rochers de son pays natal. Déjà enfant, il écoutait avec beaucoup d'attention les impressionnants récits des anciens évoquant avec le langage de leur terroir les nombreux naufrages, les familles endeuillées, les pères et les fils que la terre de Bretagne n'a jamais revus. Dans les boîtes métalliques ayant contenu les biscuits bretons d'antan, d'innombrables photos aux bords dentelés sont précieusement conservées par les familles de marins. Elles ravivent d'angoissants souvenirs et rappellent aux hommes de la mer qu'ils doivent rester humbles devant la force des éléments.

Karadeg possède un bon bateau. Certes, ce n'est pas un de ces navires-usines qui partent des semaines durant vers les mers du monde entier pour une pêche intensive. Son « Bigouden » est un chalutier hauturier de 23 mètres, équipé pour la pêche au chalut de fond et parfaitement adapté aux conditions particulièrement difficiles des côtes bretonnes. Cinq marins pêcheurs l'accompagnent à bord et se partagent le travail ardu qu'implique une sortie de 4 ou 5 jours au large de leur pays. Le plus âgé de ces hommes, Yaël, travaillait déjà avec le père de Karadeg. C'est un marin pour qui la mer n'a plus guère de secrets mais lorsqu'il en parle à Gwenael, le plus jeune engagé depuis peu dans l'équipage, il ne cesse de répéter que ce métier est aussi dangereux que merveilleux.

Le « Bigouden » a quitté Brest le 20 décembre et Karadeg l'a emmené au-delà de la mer d'Iroise, au large de l'île d'Ouessant, pour pêcher le merlu. L'équipage est motivé car le patron a repéré sur ses instruments de bord d'importants bancs de poissons. Les marins bretons ne sont pas particulièrement tendres et de fréquentes engueulades éclatent sur le pont. Mais ils sont aussi conscients que si le poisson est là, il n'y a pas de temps à perdre. L'équipage s'active, les gestes sont précis, les chaluts remontent gonflés de merlus et dans la cale, les lits de glace se superposent avec la précieuse marchandise. Karadeg se réjouit toujours d'une bonne pêche et cela est bien légitime. Son bateau constitue un important capital à financer, le carburant coûte de plus en plus cher et il a depuis toujours le souci de bien payer ses hommes. Rentrer au port les cales bien remplies, cela le met de bonne humeur et celle-ci apaise son équipage.

Mais en dépit du succès de sa pêche, Karadeg est inquiet. La météo semble se détériorer très rapidement. Un message radio avec le contrôle de Brest le met en garde d'une importante dépression venant de l'Atlantique et se rapprochant rapidement des côtes bretonnes. Et puis, il y a des signes qui ne trompent pas le patron pêcheur, la température a chuté en quelques heures et des moutons d'écume apparaissent sur la crête des vagues. Karadeg a promis à ses marins de rentrer pour Noël et prend donc la décision, ce 24 décembre à l'aube, de mettre le cap sur le Finistère.

Yaël a compris. Il monte au poste de commande et interpelle Karadeg :

« Coup de tabac en perspective capitaine? »

« Oui mon vieux Yaël, et je n'aime pas beaucoup ça ! Regarde le baromètre ! Et d'ailleurs, Brest m'a prévenu ! »

L'étrave du « Bigouden » fend la houle et les embruns de plus en plus glaciaux balaient le pont. La pluie est devenue neige fondante et la mer grossit d'heure en heure. Karadeg exploite toute la puissance de son chalutier pour fuir la tempête, mais comme il le craignait, celle-ci le talonne et semble à nouveau décidée à s'offrir le grand festival d'écume avec les récifs de la mer d'Iroise.

En fin de journée, alors que l'obscurité s'est emparée de l'océan, le « Bigouden » se trouve piégé par les éléments. Karadeg n'a qu'un objectif, se mettre à l'abri dans la baie d'Ouessant. Les vagues immenses giflent le chalutier dans un tonnerre assourdissant et d'impressionnantes gerbes d'eau envahissent le pont.

Les hommes d'équipage ont rejoint leur patron sur la passerelle. Ils sont habitués à ce genre de situation mais les tempêtes qu'ils ont essuyées ces derniers temps étaient particulièrement violentes. Serait-ce donc vrai que la nature n'est pas contente ?

« Ca va aller les gars ! Le Bigouden en a vu d'autres ! »

Mais soudain, le chalutier plonge dans un creux démesuré, l'étrave s'enfonce dans la crête et un véritable raz-de-marée le secoue avec une force inouïe. Un hauban d'une perche de chalut se rompt sous le choc. La perche pivote sur son axe, se détache et s'écrase sur le toit de la passerelle. Le hurlement du vent et le grondement de la houle ne parviennent pas à couvrir le bruit fracassant de l'impact. Dans sa chute, la perche à littéralement fauché les antennes radio, GPS et radar. Elle a également brisé une vitre de la passerelle et de l'eau s'est répandue sur le tableau de commande.

Le « Bigouden » est devenu aveugle...

Karadeg fait le point avec ses hommes et tente de les rassurer. Mais, perdus dans la nuit, à quelques miles de la côte bretonne, en pleine tempête, ils sont bien conscients que leur survie dépend de l'expérience de leur capitaine et de l'indéniable qualité de son bateau.

Gwenael, le cadet de l'équipe, interroge Yaël :

« Pourquoi le capitaine ne poursuit-il pas sa route vers l'est pour se rapprocher de la côte ? »

« Sans instruments, ce serait du suicide mon gars ! Les récifs de l'archipel de Molène ont en piégé plus d'un et il ne s'agit pas de se laisser surprendre par les courants de la pointe du Raz, particulièrement puissants par gros temps ! »

Karadeg confirme :

« Pas question de me rapprocher des côtes à l'aveugle, sans repères je dois rester en mer en attendant que ça se calme ! Je vais maintenir le bateau face à la houle pour éviter les lames de travers. »

Les hommes se taisent. Ils observent avec admiration leur patron se battant contre les éléments. Le ciel et la mer ne font qu'un, le noir est profond et glacial, la neige se mêle aux embruns et le concert de la tempête assourdit les marins.

Au-dessus des instruments radio désespérément muets, l'horloge fonctionne. Il est minuit...

Yaël se met à chanter. Malgré le fracas de la tempête, les autres ont reconnu un chant de Noël breton... Dès le premier couplet, ses camarades reprennent en choeur le refrain :

« Kanomp Nouel gand levenez
Ra lugerno ar stered
Kanomp Nouel gans levenez
Ganet eo Salver ar bed ! »

Le regard tourné vers la proue du bateau, les marins du « Bigouden » chantent leur prière dans la langue de leur coeur. Quelques mots de breton invitent les hommes à « chanter Noël dans la joie pour que brillent les étoiles, le Sauveur du monde est né ! »

C'est alors que Merwen, un grand gaillard aux mains rudes tannées par le sel et le travail, écarquillent ses grands yeux de marin et, le doigt pointé vers l'avant du bateau, légèrement à babord, s'exclame en hurlant plus fort que la tempête :

« Regardez ! Là ! »

Entre deux rafales de vent, la neige a cessé de tomber, et on peut apercevoir une lueur au niveau de l'horizon. Karadeg fixe ce point lumineux et compte tout haut :

« Un, deux.......neuf ! Neuf éclats rapides en 10 secondes ! C'est le phare de Nividic, nous sommes sauvés ! »

Un « hourra » retentit sur la passerelle et le capitaine met le cap sur cette lumière de la providence.

Quelques heures plus tard, le « Bigouden » est bien à l'abri, dans la baie d'Ouessant, et les marins se réjouissent de pouvoir passer la fête de Noël sur la terre ferme.

Chacun dans sa famille pourra raconter que dans les pires tempêtes de la vie, il suffit d'une lumière pour retrouver l'espoir. Comme une étoile à Noël...

Jean Marcelle


LE GARDIEN DU BOIS TRANQUILLE (2010)

Jolipré-les-Alouettes est un magnifique petit village douillettement blotti à l'abri des coteaux verdoyants d'un terroir au sein duquel il fait bon vivre. L'été, les fermiers récoltent le fruit de leur travail et la fête des moissons réunit tous les villageois dans une ambiance empreinte des plus nobles traditions locales. Les mois d'automne colorent le paysage des teintes les plus harmonieuses et déposent judicieusement celles-ci sur la palette des artistes inspirés par le charme du tableau. Quand l'hiver s'installe, les chaumières se calfeutrent sous une fourrure d'hermine immaculée et les cheminées envoient dans le ciel glacé des invitations à partager la chaleur d'un foyer accueillant. En cette fin d'année, Jolipré semble respirer profondément le bien-être de la sérénité.

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A la sortie du village, à deux pas de la dernière fermette, un petit bois de quelques hectares offre aux gens du pays les plus agréables perspectives de promenades. Marcheurs, cyclistes et cavaliers y trouvent le dimanche matin le prétexte idéal pour un apéro partagé ensuite dans la plus grande convivialité. Pendant les vacances scolaires, le Bois Tranquille offre aux enfants un terrain de jeu incomparable, un décor magique aux multiples facettes de leur imagination. Le Bois Tranquille participe à la vie de Jolipré et tous les habitants le respectent. Tout dépôt malveillant y est énergiquement réprimé par une population unanime et protectrice.

A l'orée du bois, les vestiges d'une chapelle subsistent en défiant le temps. On a retrouvé les traces d'un prieuré ayant existé à l'emplacement du Bois Tranquille au 13ème ou 14ème siècle. Seules les ruines de la chapelle se dressent encore aujourd'hui sous les chênes séculaires et la végétation semble vouloir les préserver en enlaçant les vieilles pierres chargées d'histoire. Les gamins de Jolipré y créent de nouvelles aventures pour Harry Potter et la nature se fait maternelle pour veiller à ce que tout se passe bien.

Tout semble bonheur et quiétude dans la campagne de Jolipré. Et pourtant...

Depuis quelques mois, on ne parle plus que de cela autour de la table, dans la rue ou la cour de récréation de la petite école. Un puissant promoteur a négocié l'acquisition du terrain pour y construire des immeubles modernes, pour y créer une cité qu'il a l'audace de baptiser « Résidence du Bois Tranquille »...

Que vont devenir les sentiers de promenades entre les grands arbres aux parfums de noisettes ?
Que vont devenir toutes ces familles d'oiseaux qui honorent de leurs concerts les amoureux de la nature ?
Que vont devenir les vestiges de l'histoire du terroir qui offrent encore aujourd'hui aux enfants du pays les images des plus beaux jeux et un horizon teinté au respect de leurs racines ?

Béton !

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Les gens du village se sont bien mobilisés pour défendre leur patrimoine naturel et de nombreuses actions ont été menées dans le cadre d'un veto collégial. Mais le promoteur, Richard Pognon, est particulièrement puissant et tous les recours introduits au niveau des diverses instances aboutissent par magie...

Ce 24 décembre, la dinde aura peut-être pour la dernière fois la saveur des marrons du Bois Tranquille. Les bulles du Champagne exhaleront une certaine amertume et le rythme traditionnel de « Jingle Bells » suscitera sans doute déjà celui des tronçonneuses et des bétonnières. Enfin, c'est Noël, on tâchera de penser à autre chose et on consolera les petits en leur racontant qu'un miracle peut toujours arriver...

En ville, au septième étage de son immeuble, Richard Pognon clôture certains dossiers avant les quelques jours de congé octroyés pour les fêtes. En ce qui concerne les travaux du Bois Tranquille, tout doit être prêt car le chantier débute dès les premiers jours de l'année par les opérations de déboisement et de nivellement du terrain. Il appelle sa secrétaire et s'enquérit auprès d'elle du respect du planning.
« Oui, monsieur, tout est prêt et l'entrepreneur a déjà placé son matériel à l'orée du Bois Tranquille. Dès le 2 janvier, il peut commencer le déboisement. »
« Parfait ! Merci mademoiselle ! » La jeune fille à peine sortie , il se dit : « Je vais faire un tour le chantier avant de rentrer chez moi pour voir si tout est en ordre ! »

Après avoir rangé un peu son bureau, le promoteur enfile sa grosse veste de chantier, un bonnet de laine et des gants fourrés pour bien se protéger du froid. « Ca doit souffler à la campagne ! » se dit-il.
Cinq minutes plus tard, il quitte son parking privé au volant d'une grosse berline à l'étoile arrogante.
Les rues de la ville sont illuminées de myriades multicolores et toutes ces petites étoiles jouent avec les flocons de la neige qui s'est invitée pour la fête. Dans la tête de Richard Pognon, ce qui scintille particulièrement ce soir, ce sont les gros profits que le projet de la résidence du Bois Tranquille va générer.

Les routes deviennent glissantes et le promoteur, en dépit de la classe de son véhicule, doit rester attentif et prudent. Une petite heure lui est nécessaire pour rejoindre Jolipré-les-Alouettes. Le chemin qui permet l'accès au Bois Tranquille est enneigé et, au-delà de la fermette, la progression devient difficile. Les ornières sont comblées par la neige et l'homme d'affaires doit rouler au pas. Le vent s'est mis à souffler et la poudreuse glacée altère considérablement la visibilté.

Soudain, à quelques dizaines de mètres à peine de l'orée du bois, monsieur Pognon perd le contrôle de sa voiture et celle-ci se met à glisser vers un profond fossé. La course folle du véhicule s'arrête juste au bord du talus et le véhicule se retrouve en équilibre instable. Le promoteur parvient difficilement à ouvrir sa portière et à s'extirper de la voiture en position délicate. A peine sorti, il s'aperçoit que le véhicule s'incline d'avantage et se couche sur le flanc. Mais sa retraite n'est pas suffisamment rapide.
Ralenti par la neige et les taillis, monsieur Pognon est maintenant carrément coincé sous sa voiture. L'impression d'écrasement est atténuée par l'épaisseur des branchages mais, couvertes par le véhicule au niveau du bassin, ses jambes restent complètement bloquées.
« Mon GSM ! » se dit-il. Peine perdue, le mobile est resté sur le siège passager. Crier ? Inutile, la première habitation est trop éloignée et les gens sont occupés à préparer leur réveillon bien à l'abri des frimas.

Richard Pognon n'est pas un tendre, surtout envers les faibles, mais là... Il se trouve bien petit face aux événements ! Le faible aujourd'hui, c'est lui. « Que va-t-il m'arriver ? Quand les miens vont-ils s'apercevoir que mon retard n'est pas normal ? Vont-ils prévenir les secours ? Pourrai-je tenir jusqu'à ce que quelqu'un me trouve ici ? Je n'ai dit à personne que je venais sur le chantier, qui pourra deviner ?» Toutes ces questions se bousculent dans son esprit et il semble entendre le Bois Tranquille ricaner dans le vent du nord. En inclinant légèrement la tête sur le côté, il peut voir les premiers chênes du bois et deviner la forme de la vieille chapelle. Face à l'orée, malgré la pénombre prenant possession du décor, il distingue les engins de génie civil rangés devant le futur chantier, tel un échafaud que l'on monte sur la place publique la veille d'une exécution capitale.

Les minutes s'égrènent, longues et angoissantes, la nuit s'est installée. La neige a cessé de tomber et les nuages se sont discrètement écartés pour laisser apparaître les innombrables étoiles de la nuit de Noël. Richard Pognon grelotte et il se rend compte que sa peur est devenue plus forte que le froid. Il lutte pour ne pas se laisser envahir par une panique souvent génitrice de désespoir.
Le vent s'est calmé et son chant d'hiver laisse maintenant place à celui des cloches qui tintinnabulent au sommet du clocher de Jolipré pour annoncer la messe de Noël. Cette manifestation du monde des vivants rallume l'espoir dans le coeur de monsieur Pognon. « Ils vont sortir de chez eux pour aller à l'église ! Peut-être que... » Mais le silence reste maître des lieux et le promoteur se remet à grelotter.

« Que d'étoiles ! Il y en a des milliers ! Et si je faisais un voeu ? Ou une prière ? Je n'ai jamais fait de prière ! Finalement, un voeu, c'est une prière ! Alors faisons un voeu... Mais chut ! Tais-toi ! Oui, des pas, j'entends des pas ! Ici ! Au secours ! Ici ! »
Effectivement, le crissement caractéristique de grosses chaussures dans la neige gelée se fait de plus en plus distinct. Un homme emmitouflé dans un épais manteau se penche sur monsieur Pognon.

« Attendez, je vais vous sortir de là ! »

En silence, dans une atmosphère un peu magique, l'homme saisit un long bout de bois en guise de levier et ayant pris appui sur une pierre empruntée à la vieille chapelle, soulève légèrement la voiture pour permettre à monsieur Pognon de se dégager.

Rempli de bonheur, le promoteur ne tarit pas de remerciements et demande à cet homme providentiel qui il est.
« Je suis le gardien du Bois Tranquille ! » dit-il calmement.
« Vous habitez à Jolipré ? »
« Non ! Je suis le gardien de la nature, de la vie ! Aujourd'hui, je suis le gardien du Bois Tranquille et à mon tour, je vous adresse une prière : considérez ce lieu avec un autre regard ! Vous percevrez ainsi les véritables richesses de la terre... »

L'homme s'éloigne alors vers les ruines du prieuré et disparaît dans la nuit.

Monsieur Pognon trouve refuge dans le petit café sur la place du village. Le boudin de Noël accompagne le vin chaud et après la messe, les villageois s'y retrouvent en famille. Après avoir prévenu et rassuré sa famille, il interroge les gens du village au sujet d'un gardien du Bois Tranquille.
« Non monsieur, il y a des siècles qu'il n'y a plus personne dans ce bois, les derniers furent les gens du prieuré. »

Le lendemain, monsieur Pognon revient avec ses fils pour dépanner la voiture. Il a prévu quelques bonnes bouteilles pour offrir à son sauveteur. Mais... Personne ! Et vers les ruines de la chapelle, il n'y a aucune trace de pas dans la neige.


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Gougnies - Conte de Noël 2010 - Cliquez pour agrandir
Illustrations Arnaud Tombelle
Profondément touché par cette aventure, monsieur Pognon abandonnera ses projets concernant le Bois Tranquille. Ses relations permettront de négocier sans le moindre problème cette nouvelle et inattendue décision. Il signera un contrat avec les habitants du village de Jolipré pour la gestion et la préservation de la « Réserve naturelle du Bois Tranquille ». Il y organisera, avec la complicité des enseignants du terroir, des journées pédagogiques pour inciter les jeunes à respecter la nature. Les participants recevront un souvenir personnalisé sur lequel sera mentionné : « Gardien du Bois Tranquille ».

Les habitants de Jolipré ne comprendront jamais ce qui s'est réellement passé et la raison de ce merveilleux revirement de situation. Ils parleront d'un miracle de Noël.
Personne ne saura jamais qui était ce gardien du Bois Tranquille. Quoique...


Jean Marcelle



LES EVADES DE TOBROUCK (2009)
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Dessin Jean Marcelle

24 décembre 1941...
Le lieutenant Hermann Krüger est pilote de la Luftwaffe. Sur une base établie par les Allemands au sud de Tobrouck, dans le désert de Libye, il participe à l'appui aérien de la progression des Panzers de Rommel. Il est attaché à la JG 27, escadrille de chasse composée de pilotes particulièrement talentueux, spécialement entraînés aux conditions difficiles de la guerre du désert.

Cette nuit de Noël, les membres de l'escadrille ont organisé une petite fête dans le mess sous la houlette de l'adjudant Hertwig, sous-officier d'intendance. Celui-ci, bien connu sur la base pour ses qualités de gestionnaire mais aussi pour ses calembours douteux, a baptisé la soirée « Mess de minuit ». La bière blonde et le schnaps se succèdent sur le zinc du bar, dans une tabagie qui laisse aux quelques cierges allumés bien peu de chance d'exhaler les senteurs de Noël. A côté du bar, sur une petite table improvisée, l'adjudant a travesti une feuille de palmier en sapin, la garnissant de diverses verroteries dignes de son humour. Au pied de l'arbrisseau emblématique, il a cependant eu la délicatesse d'exposer une page de calendrier illustré représentant la crèche sous une étoile étincelante.

Hermann est assis au bout du comptoir, impassible sur son haut tabouret. Il subit tout ce brouhaha sans vraiment participer à la fête. C'est un soldat, fier et ambitieux, tout à fait imperméable à toute forme d'humour, un homme de guerre convaincu qu'il participe à celle-ci pour la bonne cause. Titulaire de quelque cinquante victoires homologuées, cet as de la Luftwaffe a reçu dernièrement la croix de guerre et sa personnalité impressionne ses équipiers. Le jour où le major Müller lui a remis cette distinction honorifique, c'est à peine si Hermann a souri. Sur la base, les autres pilotes l'appellent « le tueur ». Aux commandes de son avion, il en a le talent. Devant sa chope de bière, il en a le visage. Ennemi ou ami, on le respecte.

Agacé par les éclats de rire qui ponctuent les clowneries de l'exalté adjudant Hertwig, Hermann hoche la tête et son regard tombe un instant sur l'image de la crèche. « Pff ! Infantile ! » dit-il en activant le bout incandescent de sa cigarette pour ajouter à l'atmosphère son lot de fumée irritante.
Et puis il se dit qu'une étoile d'une telle intensité, en combat aérien, il faudrait s'en méfier, elle pourrait éblouir et masquer l'approche d'un ennemi. En tout cas, lui, il ne se laisserait pas surprendre...

La soirée se prolonge, la nuit démissionne. Le ciel pâlit lorsque chacun réintègre ses quartiers. Le calme atterrit enfin sur la base et les hommes profitent de ces quelques moments qui les séparent du retour sévère des réalités de la guerre. Hermann s'est assoupi et ses rêves, fidèles à chacun de ses sommeils, l'emmènent encore à six mille pieds dans la poursuite effrénée de l'avion à abattre. Mais ce combat ne dure quelques minutes. Le major Müller fait irruption dans la chambre et réveille le pilote. « Hermann, j'ai besoin de vous pour une mission en solo ! » Hermann écarquille les yeux, se lève promptement, saisit sa veste et suit l'officier supérieur. « A vos ordres, Herr Major ! ».

Dans la salle des pilotes, le major se dirige vers le panneau des cartes de mouvements militaires de la région. A l'aide de sa règle, il explique en quelques mots la situation et l'objet de la mission qu'il confie à Hermann. Profitant du relâchement inévitable des services de sécurité en cette nuit de Noël, deux prisonniers britanniques, membres rescapés de l'équipage d'un avion d'observation, se sont évadés d'un camp annexe. D'après les premiers indices, ces deux hommes se dirigeraient vers la côte, en évitant Tobrouck, pour rejoindre la frontière égyptienne. Le soleil n'est pas encore levé, la visibilité est donc parfaite sur le désert, et en suivant un cap nord-est, Hermann doit pouvoir les repérer en très peu de temps. Ces aviateurs anglais sont détenteurs de renseignements précis sur la position des colonnes de Panzers. La mission est simple : les trouver, les abattre !

Sans perdre de temps, Hermann complète son équipement et se dirige vers l'aire bétonnée sur laquelle les appareils sont parfaitement alignés. Son mécanicien attitré a beaucoup de mérite. Son travail doit être irréprochable et il est à peu près le seul technicien de maintenance à pouvoir supporter les colères du « tueur ». « L'avion est OK, mon lieutenant ! » et il sait qu'il a intérêt à ce qu'il n'en soit pas autrement. Il aide Hermann à prendre place dans le cockpit, contrôle le harnais de parachute et l'alimentation d'oxygène. Il éloigne l'échelle de l'avion et, faisant tournoyer la main, signale au pilote qu'il peut lancer le moteur.

Dans le calme de l'aube qui offre au désert des couleurs auxquelles le soleil mettra le feu, Hermann réveille les quatorze cents chevaux du Daimler Benz de son Messerschmitt 109. Les trois pales de l'imposante hélice semblent hésiter, l'échappement vômit quelques bouffées d'essence non consumée et les premières explosions dans les cylindres donnent vie à cette puissante machine de guerre.

Très vite, le Messerschmitt roule vers la piste et Hermann le positionne dans l'axe. Le pilote exploite toute la puissance du moteur et après quelques dizaines de mètres, la roue de queue quitte le sol. L'avion est maintenant parfaitement à l'horizontale, prend de la vitesse et s'envole vers sa mission avec ce bruit qui lui est propre.

C'est là qu'il est bien, Hermann, seul avec sa machine, en communion avec les chevaux qui donnent vie au manche. D'une légère pression des pieds sur le palonnier, il corrige instinctivement les caprices turbulents de l'atmosphère du désert. Dans tout au plus dix minutes, le soleil va inonder les dunes et la visibilité sera sensiblement moins bonne. Hermann scrute l'horizon. Son regard d'aviateur ne néglige aucun mètre carré. Chaque fois qu'il se tourne vers la direction de son cap, ses yeux sont attirés par la présence solitaire et bien visible de la planète Vénus, étoile du berger scintillante sur le pastel délicat du ciel d'orient. Bien malgré lui, il revoit l'étoile de la crèche sur la page du calendrier. D'un coup d'orgueil, il balaie l'image.

Les voilà ! Juste devant lui, Hermann aperçoit les deux aviateurs britanniques, évoluant péniblement dans le sable inhospitalier. Les anglais perçoivent le bruit du moteur du Messerschmitt et se séparent. Le pilote allemand aligne le premier des deux évadés dans son collimateur, et, du pouce de la main gauche, soulève le clapet du manche qui verrouille la commande des mitrailleuses.
Encore quelques secondes, il va tirer. Mais un instant, une distraction qui ne lui est en aucun cas coutumière le perturbe. L'étoile, elle est là, juste devant, arrogante, subjugante et...et la cible est derrière. « Bon sang, qu'est-ce qui m'arrive ? » Hermann reprend de l'altitude, effectue deux virages à 360 degrés et se replace dans la ligne de tir. Cette fois, il ne peut pas le rater.« Attention...L'étoile ! Est-ce possible ? Elle ne peut pas m'éblouir ! Je ne vois rien...Mais qu'est-ce qui se passe ? » A nouveau, le Messerschmitt dépasse la cible et Hermann n'a pas pu tirer. « Mais c'est quoi,cette étoile ? C'est quoi cette sensation qui m'envahit ? » L'étoile du berger aurait-elle vaincu la croix de guerre ? Il semble en tout cas qu'elle lance un message de paix au pilote : « C'est Noël ! ». « Oui mais c'est la guerre, rétorque Hermann ! » « C'est Noël, répète l'étoile »...

Pour la première fois dans sa carrière de brillant soldat, Hermann baisse la garde. Il se sent soudain tout autre, il découvre des sentiments qui n'ont jamais été les siens. Finalement, ces deux hommes au sol sont aussi des soldats. Méritent-ils de mourir un matin de Noël ?

Le Messerschmitt effectue à nouveau une boucle complète et Hermann prend le cap du retour. C'est bizarre, mais au fond de lui-même, il y a comme un soulagement, la satisfaction d'avoir été humain, d'avoir sauvé deux vies le jour ou les hommes de bonne volonté chantent la paix.
Bercé par le ronronnement du moteur, Hermann reste songeur.
Que va-t-il raconter à ses supérieurs ? Bof, un mensonge pour la bonne cause, c'est toujours possible et puis, peut-être que l'étoile peut encore lui donner un petit coup de main ? Oh et puis m..., c'est Noël.

L'étoile a disparu.


Jean Marcelle




NAISSANCE (2008)
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Montage Rita Beaurain

Le Commandant Mathieu consignait dans son livre de bord tous les éléments importants de son extraordinaire odyssée.
Considéré comme l'un des derniers représentants d'organisations humanitaires, il avait quitté la terre en l'an 2154 aux commandes de son vaisseau «l'Espérance».
Le Grand Conseil avait qualifié son entreprise de «projet chimérique engendré par les visions obsolètes d'un idéaliste illuminé».

Mais Mathieu, animé d'une foi profonde en son idéal, était convaincu, aux confins de son âme, que son destin était ailleurs.
De sa détermination se dégageait l'incroyable force ressentie en parfaite communion par tous les membres de son équipage, constitué de femmes et d'hommes de bonne volonté.

Sans regrets, ils s'éloignaient d'un monde de grandes désillusions.

Ensemble, ils s'efforçaient d'oublier cette planète outrageusement blessée par l'orgueil des hommes. Ils fuyaient cette permanente image d'une société malade de la haine, d'une terre balayée par les mêmes vents, fertilisée par les mêmes pluies, lumineuse du même soleil mais souillée irrémédiablement par le veau d'or toisant de son piédestal d'égoïsme violent des communautés en éternels conflits.
Oui, ils croyaient en un monde meilleur, ils savaient qu'un jour dans le coeur d'une galaxie d'harmonie, ils assisteraient à la naissance d'une nouvelle, d'une vraie humanité.
Perdu dans ses rêves, le Commandant Mathieu avait détaché son regard du grand écran de contrôle de «l'Espérance».

La voix de son Premier Lieutenant le ramena à la réalité. «Regardez, Commandant, l'éclat de cette étoile !» Mathieu, dans un élan d'émotion, se dressa face à l'écran lumineux.

«Rassemblez l'équipage, Lieutenant, c'est sur ce cap que nous devons aligner l'Espérance. Je crois que nous touchons au but!»

Il consulta le calendrier électronique réglé jusqu'à l'éternité sur le rythme du temps. C'était un 24 décembre. L'équipage de «l'Espérance» baptisa spontanément l'étoile «NAISSANCE».
Après avoir consigné l'événement dans le livre de bord, le Commandant dirigea l'imposant vaisseau vers le système de planètes gravitant autour de l'étoile «Naissance».
D'après les données de l'ordinateur central, l'une d'entre elles présentait des caractéristiques identiques à celles de la terre.

«L'Espérance» se mit en orbite autour de ce nouveau monde et, chacun à son poste, l'équipage engagea la procédure d'atterrissage.
Le 25 décembre, cette arche de Noël que symbolisait le rutilant vaisseau offrait à ses passagers ébahis le merveilleux sentiment de revivre la naissance de l'humanité.
Un monde de lumières, délicate palette de couleurs vivantes, s'offrait à leurs yeux.
L'étoile «Naissance» était en fait le soleil chaleureux qui inondait cette accueillante planète d'une véritable symphonie d'harmonie.
Les membres de l'équipage de «l'Espérance» ressentaient en ces lieux paradisiaques un immense bonheur.
Dans le paisible décor d'une nature parfaite et inaltérée, un groupe de jeunes gens semblait évoluer en symbiose avec le paysage.
Une jeune fille au visage rayonnant s'avança vers le Commandant Mathieu, et en lui offrant son plus beau sourire, lui adressa sa bienvenue :

«Paix aux hommes de bonne volonté ! D'où venez-vous ?»
«D'un triste monde que la bêtise humaine voue à une perte inexorable ! Et toi, qui es-tu ?»
«Nous sommes, mes amis et moi, les éléments fondamentaux de la vie harmonieuse et nos destins convergent vers un seul idéal : le bonheur ! Nos noms ne vous sont pas inconnus mais sans doute, dans votre monde, le tourbillon du matérialisme destructif les avait-il emportés ? Ils sont les fleurs qui composent le bouquet de la Vie, les corolles qui offrent du creux de leur calice le pollen de l'éternelle renaissance. Ils sont les notes harmonieuses ponctuant judicieusement les portées de la partition de la grande symphonie humaine. Mais oui, vous les connaissez ! Ils s'appellent Solidarité, Amitié, Respect, Humilité, et réunissent ici tous les autres membres de notre belle famille qui se tendent mutuellement la main. Pour tout homme de bonne volonté qui le souhaite au plus profond de son être, il y aura toujours une place dans notre monde. Il suffit d'y croire...»

Pour l'équipage de «l'Espérance», une nouvelle vie venait de naître.
Le bonheur n'était plus chimère, il existait.
Ces terriens avaient exprimé leur foi en un monde meilleur, et au-delà des railleries et médisances de ceux qui ont mauvaise conscience, ils avaient poursuivi leur idéal.
Sur le chemin de leur odyssée, le ciel a mis à portée de leur âme, l'étoile qui les a tout naturellement guidés vers le monde de la raison.
Quand le mystère de Noël nous interpelle et nous rend plus réceptifs au coeur de notre conscience, il nous est donné de discerner la bonne étoile dans la myriade superficielle des fausses valeurs.

Si tous les hommes de cette terre pouvaient, ne fût-ce qu'une nuit de Noël, oublier leur vanité et embarquer sur le vaisseau «l'Espérance» vers un monde de solidarité et de bon sens, sans doute pourraient-ils apercevoir dans la constellation qui sommeille au plus profond de chaque être, l'étoile «Naissance».
Celle-ci pourrait guider l'humanité vers un nouveau monde fait d'harmonie et d'équité, un solide édifice constitué de vraies familles au sein desquelles la jeunesse, pilier de l'avenir, s'épanouirait en toute sérénité...

C'est Noël, on peut rêver...


Jean Marcelle.








LE MARCHAND DE CIERGES (2007)


Emportés par le vent frais de décembre, les savoureux parfums de boudin grillé et de vin chaud se faufilaient entre les chalets accueillants du marché de Noël.

Joliment présentés à l'abri de ceux-ci, les multiples produits des artisans locaux scintillaient de mille cristaux et les couleurs de la fête dansaient dans un décor d'or et d'argent au rythme des traditionnels grelots de « Jingle bells ».

Etourdis par la ronde des jouets du bon Père Noël, les bambins chaudement emmitouflés ne savaient où poser leurs yeux écarquillés et tentaient adroitement d'attendrir l'autorité paternelle devant l'étal aux alléchantes friandises.

Merveilleuse ambiance de fête, certes, mais j'aurais aimé y trouver, en cette veille de Noël, ce peu d'émotion qui nous rend réceptifs au sens profond des réelles valeurs.

Perdu quelques secondes au-delà de ma réflexion, je m'étais arrêté inconsciemment devant une crèche artisanale réalisée avec un talent incontestablement animé d'une motivation particulière.

Mon regard croisa celui de l'artisan et, en guise de bonjour, je lui adressai un sourire amical.

« Elle est jolie, n'est-ce-pas ? », me dit-il d'une voix chaude et profonde.

« Superbe ! Les personnages sont extraordinaires; on dirait qu'ils vont prendre vie ! »

Tout en sortant les mains des poches de son vieux manteau râpé, l'artisan ajouta : « Elle n'est pas à vendre, mais tenez, ceci devrait vous intéresser ! »

Il me tendit une jolie boîte couleur ciel, aux étoiles dorées, contenant un cierge blanc comme la neige.

Un peu surpris, je lui répondis : « Eh bien oui, pourquoi pas ? », et portant instinctivement la main au portefeuille, je lui demandai combien je lui devais.

« Rien, me dit-il, vous me l'avez déjà payé ! »

J'insistai, naturellement, et tentai en vain de lui glisser un billet.

Il s'assit sur sa vieille chaise cannée, abrita ses mains sous les revers de l'épais manteau et, faisant mine de de s'endormir, me rendit mon sourire avec un émouvant « Joyeux Noël ! ».

Sur la route du retour, j'étais toujours sous le charme de ce que je venais de vivre.

Dans le quartier commerçant aux lumineuses vitrines décorées pour la circonstance, la densité de la circulation m'obligea à retrouver toute mon attention et la garder jusqu'au domicile où l'on préparait fébrilement la soirée de réveillon.


« C'était bien, ce marché de Noël ? », me demanda ma petite famille.

Afin d'échapper à une interminable série de questions, je répondis un peu distraitement : « Oh oui, vous savez, comme chaque année ! ».

Sur la table du salon, quelques gâteries apéritives attendaient devant le feu de bois l'arrivée de nos invités.

Au milieu de celles-ci, dressé sur son socle de fer forgé, un cierge patientait jusqu'à l'ambiance du soir pour emprunter à l'allumette la flamme de la fête.

Poussé par je ne sais quelle intuition, je le rangeai dans un tiroir du buffet et le remplaçai par le cierge de l'artisan à la crèche.

Il me fascinait, là, entre la télé que les enfants n'avaient pas débranchée et le fauteuil dans lequel je venais de m'asseoir.

Sur l'écran, les images d'une année de lourdes incertitudes, l'album honteux des photos de tous ces évènements qui font de l'homme le plus redoutable prédateur de l'humanité.

Un long métrage de douze mois de violence et de corruption, l'histoire d'un veau d'or qui partout dans le monde engendre le plus réaliste des films d'horreur.

Le feuilleton d'une société aux urgences, malade de sa vanité, de sa gourmandise de pouvoir et dont les premières victimes sont ceux qui souffrent le plus de l'égoïsme des autres.

Et moi, comme tant d'autres, j'étais là, dans le confort de mon fauteuil et de ma famille, prêt à fêter avec des amis l'éternelle renaissance de l'amour et de la paix entre hommes de bonne volonté ! Quel paradoxe !

Mal à l'aise, je saisis le boîtier de télécommande et mis fin à la terrible rétrospective.

Instinctivement, je craquai une allumette et donnai vie au cierge de l'artisan.

La flamme chaude et lumineuse vacilla quelques secondes et puis se dressa, belle et régulière devant l'écran que j'avais volontairement aveuglé.

Complètement étranger au brouhaha des enfants et à l'intense activité de ma maîtresse de maison préférée, je me mis alors à comprendre le message du cierge de l'artisan du marché de Noël.

La flamme de ce cierge était lumineuse comme le soleil de l'autre côté d'un tunnel :
elle était l'ESPOIR.

La flamme de ce cierge était chaude comme le bien-être d'un véritable foyer :
elle était la FAMILLE.

La flamme de ce cierge était droite et semblait vouloir m'éclairer le temps qu'il faudrait :
elle était la BONNE VOLONTE.

La flamme de cierge était pure, sans fumée, sans odeur, sans bruit :
elle était le RESPECT.

La flamme de ce cierge m'avait réconforté :
elle était la PAIX.

Toute cette nuit de Noël, elle diffuserait sa lumière au sein de notre famille, et à tous ceux qui ne la percevraient pas, je raconterais mon histoire du marchand de cierges.

Lorsque je me suis arrêté devant sa crèche, cet artisan savait que je pourrais comprendre le message du cierge de Noël.

Lorsque je lui ai souri, il avait estimé que je l'avais payé.

Le message de Noël ne se vend pas, il se donne, il se partage.

Pour tout homme capable d'oublier quelques instants son statut de consommateur pour offrir un sourire ou tendre une main, il y aura toujours un cierge de Noël.

Tout cela finalement était très simple.

Simple comme une flamme de bougie mais que l'émotion de Noël peut doter de la plus belle des facultés, celle de ranimer l'espoir...

Jean Marcelle



UNE ETOILE POUR UN TOIT (2006)

La pitoyable déglingue des corniches du vieil immeuble en cette soirée froide et pluvieuse de décembre versait sur le décor les larmes de l'amertume qu'inspirait le quartier.

Dans ces logements au seuil de la désaffectation et dépourvus de tout confort, quelques familles luttaient avec résignation contre l'acharnement de la précarité.

Moyennant un modeste loyer que beaucoup d'entre elles ne pouvaient d'ailleurs plus honorer, l'ancien propriétaire permettait à ces victimes de l'indifférence d'espérer pour survivre.

Mais comme le soleil de septembre, la lueur d'espoir avait pâli.

L'immeuble était vendu à un promoteur et comme ces agressions du destin qui vous soulèvent le cœur, les avis d'expulsion avaient semé le désarroi sur la terre de l'unique accueil dont bénéficiait encore la petite communauté.

Anna était désemparée.

Seule avec son petit garçon de quinze mois, elle voyait se dresser devant elle le mur de l'impasse, la frontière qui sépare le possible de l'invivable.

Et pourtant, quelques jours avant Noël, elle comprit que l'invivable allait devenir possible…

Comme le voulait la tradition familiale, Monsieur Pénal était un respectable et très respecté huissier de justice.

Afin de clôturer le dossier avant quelques congés bien mérités et d'accomplir ses fonctions avec le sérieux que lui dictait son devoir, Monsieur Pénal signifia l'acte de procédure et assura avec la police locale l'exécution de la décision de justice concernant l'évacuation dudit immeuble.

Sa mission accomplie, il pouvait désormais se concentrer sur ses projets de vacances et se réjouir de la perspective des réunions familiales qu'il affectionnait particulièrement.

Après avoir rangé son bureau et salué son personnel, Monsieur Pénal, comme chaque soir, devait, pour récupérer sa voiture, arpenter une petite rue commerçante inondée de mille lumières aux couleurs de fête.

Ce soir-là, il fut attiré par l'éclat étrangement brillant d'une étoile pourtant discrète, sur le toit enneigé d'une crèche, parmi les innombrables gourmandises d'une alléchante vitrine.

Son pas ralentit sur le pavé mouillé du trottoir et son regard se figea sur le décor. Il sentait le charme irrésistible de l'étoile envahir son être et la magie de Noël donnait au nouveau-né de la crèche le visage du petit garçon d'Anna.

Un coup de klaxon le sortit de sa torpeur. « Monsieur Pénal . Vous êtes à pied ? voulez-vous que je vous dépose chez vous ? »

« Non, non, merci, ma voiture est au bout de la rue ! Bonne soirée et joyeux Noël ! »

Au volant, l'honorable huissier sentait son armure d'homme de loi se déglinguer comme la corniche du vieil immeuble.

Le seuil accueillant du cossu domicile à peine franchi, il salua Madame Pénal et prétexta un oubli professionnel pour ressortir aussitôt, un trousseau de clés à la main et une idée bien précise derrière la tête.

Une petite demi-heure suffit à la retrouver, comme si l'étoile de la crèche se voulait plus performante que quelque système de navigation que ce soit.

Anna était là, sur un banc, à l'entrée d'une galerie commerciale.

Son petit garçon était soigneusement blotti dans une grande couverture râpée et semblait apprécier les chants de Noël diffusés dans les rues de la ville.

« Venez avec moi », lui dit Monsieur Pénal.

Instinctivement, Anna eut un mouvement de recul, mais bien vite, la sincérité du regard de cet homme imposant lui inspira confiance.

« Allez, venez, ne restez pas là ! »

Il installa la jeune femme et son bambin à l'arrière de sa voiture et démarra aussitôt.

« Où nous emmenez-vous ? », demanda timidement Anna.

« A une vingtaine de kilomètres d'ici, à la campagne, au bord de la rivière, ma femme et moi possédons un pavillon. Nous aimons y passer quelques jours quand l'envie de truites nous taquine. Il y a du chauffage, de l'eau chaude, la télé, et même des provisions. Vous verrez, vous y serez bien ! Après les fêtes, nous trouverons une solution, je vous le promets ! »

Lorsqu'il salua Anna sur le seuil du chalet au sein duquel régnait une profonde et chaleureuse sérénité, il perçut toute la sincérité de sa gratitude dans l'éclat de son sourire.

Au moment de reprendre sa voiture, il fut attiré par le brillant particulier d'une étoile, celle qui scintillait comme un diamant juste au-dessus de ce toit que l'homme de loi voyait ce soir-là comme un droit.

Noël d'espérance pour Anna.

Noël de bonne volonté pour cet étrange Monsieur Pénal.

Jean Marcelle


LE LIVRE D'OR DU PERE NOEL (2005)

Soigneusement calligraphié en lettres dorées, ce titre magique resplendissait sur la couverture du mystérieux album que Julien venait de découvrir parmi les cadeaux disposés pêle-mêle au pied du grand sapin.

Avec la curiosité et la frénésie d'un enfant de son âge, il s'allongea sur le tapis du salon pour découvrir le contenu de cet ouvrage inattendu. Les premières pages recelaient de magnifiques histoires, riches en poésies et en illustrations colorées.

Parti loin déjà dans ses rêves, Julien fut cependant attiré par l'une d'entre elles. Un bon Père Noël au regard généreux invitait à travers sa barbe immaculée le jeune lecteur à lui dessiner son vœu le plus cher. Julien se précipita dans sa chambre, réveilla vivement son cartable engourdi par les vacances scolaires, et muni de ses crayons de couleur, revint à son bonheur.

Devant l'espace blanc offert à l'imagination de l'artiste en herbe, celui-ci resta un moment perplexe : « Mon vœu le plus cher ? ». Il ferma les yeux et un émouvant souvenir surgit du plus profond de son âme d'enfant. C'était en juillet, sur la plage. Il avait rencontré ce petit garçon au visage triste, victime de l'éclatement du noyau familial. Il avait ressenti le terrible désarroi qui tenaillait cet ami d'un jour, et ce soir encore il en avait le frisson.

Il observa avec tendresse son père disposer adroitement quelques bûches dans le foyer du feu ouvert. Les flammes ainsi réanimées jouaient au joaillier avec les parures de l'arbre de Noël. Julien tendit l'oreille et perçut la voix douce de sa maman, inondant de câlins la petite dernière, émerveillée par ce décor de fête. Il ressentit alors un immense bonheur, et conscient de la chance qu'il avait, il saisit ses crayons, et en faisant le vœu que cela dure toujours, il dessina une famille.

Les pages centrales du livre d'or du Père Noël offraient à Julien une image digne des plus beaux rêves d'enfant. Dans un immense jardin d'étoiles et de planètes, une ronde de marmots manifestait sa joie autour d'un globe terrestre resplendissant de couleurs. Si tous les héritiers de la terre paraissaient différents par leur peau ou leurs vêtements, ils semblaient tous cependant animés du même enthousiasme, et main dans la main, de la même foi en l'avenir.

Julien se redressa, saisit délicatement son précieux livre, et en veillant à le garder ouvert à la même page, s'installa confortablement sur les genoux de son père. Conscient qu'il devait dès cet instant s'attendre à une giboulée de « pourquoi ? », celui-ci déposa, avec le respect qu'il méritait, son verre de vieux bourgogne, et accorda à son fils sa plus paternelle attention.

Julien lui fit part du doute qui l'envahissait face à ce message d'harmonie mondiale, en évoquant les images qu'il avait perçues lors de récentes informations télévisées : enfants désemparés dans des camps de réfugiés, sur le chemin de l'exode, fuyant la bestialité de soldats indignes de ce nom, larmes d'enfants devant les désastres qu'engendrent fanatisme et racisme. Pourquoi tant de vies brisées ? Pourquoi ?

Avec toute la simplicité qui s'imposait, son père lui expliqua que si les enfants avaient cette extraordinaire faculté de tendre la main vers les autres et d'ouvrir tout naturellement leur cœur, il n'en était hélas pas toujours de même avec les adultes. Julien fixa le regard de son père, et avec l'honnête spontanéité de l'enfant, émit cette sincère interrogation : « Pourquoi devient-on adulte ? »

A la dernière question de son fils, le papa de Julien n'avait su que répondre. Un long silence complice avait suivi leur conversation et tous deux regardaient en rêvant les flammes effectuant dans le foyer crépitant leur danse bienfaisante. La voix de maman mit un terme à leur méditation en rappelant que le marchand de sable était de connivence avec le Père Noël.

Julien ne se fit pas prier. Il referma son nouveau livre et l'emmena sous la couette en décrétant qu'il serait désormais le compagnon de ses rêves. Rêves d'enfant ou rêves d'adulte ? Chaque fois que la magie de Noël envahit nos foyers, n'avons-nous pas au fond de nous-mêmes l'irrésistible envie de redevenir enfant ? Ne faisons-nous pas inconsciemment le vœu de rencontrer un bon Père Noël qui, d'un coup de barbe blanche, balayerait de ce monde la bêtise humaine ? Et s'il nous demandait de dessiner notre vœu le plus cher, aurions-nous l'humilité de le faire avec notre cœur d'enfant ? Voilà une question que nous pourrions nous poser.

Jean Marcelle

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Commentaires
Par lolo le samedi 07 janvier 2012 à 15h34
Bonjour Jean

En ce 07 janvier 2012, jour du Noël orthodoxe, j ai précieusement déposé "LE RETOUR DU BIGOUDEN" dans la malle aux trésors de mon blog.

J´ai ajouté le lien de ta page en l´intitulant "Les contes de Jean Marcelle".
J´invite également mes lecteurs à passer sur "Les pages d´accueil de Gougnies.be"

Encore mille et un MERCIS

Bien à toi...

Baiser papillon

lolo*.*

J´sais pas trop si le lien fonctionnera, mais je le mets quand même ! lol

http://revesdegaletsausouffleduvent.blogspot.com/2012/01/en-ce-jour-du-noel-orthodoxe-voici-le.html
Par christine Charlier le samedi 24 décembre 2011 à 16h10
Je vous souhaite à toutes et à tous un très heureux Noël, en formant des voeux de paix et d'amour pour l'année qui vient - il n'est malheureusement pas vain de le rappeler en cette fin d'année meurtrière. Je vous embrasse. Et merci Jean !
Par jean le samedi 24 décembre 2011 à 15h33
Merci à toi Lolo et joyeux Noël à toute ta famille.
Quant aux contes, ils sont à la disposition de tous ceux qui souhaitent en faire bon usage, dans l'esprit de Noël...
Par lolo le samedi 24 décembre 2011 à 14h20
Bonjour cher Jean

Chaque année j´attends avec impatience la parution de ton conte de Noël.

Je reste émerveillée devant ton talent !

Mille et un MERCIS...., tu m´as une fois de plus mis des étoiles plein les yeux !...

A toi, ta famille, tous ceux que tu portes dans ton coeur et GOUGNIES.be, je souhaite un très "Joyeux Noël"

Bien à toi ...

Baiser papillon

lolo *.*

PS: j´aurais un souhait avec cette question : Pourrais-je poster demain "LE RETOUR DU BIGOUDEN" ainsi que la toile de Rita sur mon blog dans soit *La malle aux trésors* (c´est là que je dépose les cadeaux reçus des amis), soit dans *Histoires-Contes-Légendes* ?

Par jean le mardi 15 novembre 2011 à 17h48
Cela me fait bien sincèrement plaisir, Christian ! Chapeau pour ton bénévolat et...c'est moi qui te remercie !
Par Christian le mardi 15 novembre 2011 à 13h03
Bonjour. Engagé dans un bénévolat d'animation, je lirai peu avant Noël, à des pensionnaires d'une maison de retraite strasbourgeoise, une adaptation des contes que vous avez mis en ligne (en citant naturellement votre nom d'auteur). J'ai apprécié la qualité de vos textes. Merci pour ce cadeau et, avec un peu d'avance, Joyeux Noël !
Par penelope le mardi 21 décembre 2010 à 10h55
Merci Jean et bravo pour ce conte merveilleux

Pour toi et ta famille heureux Noël et bonne année

Amiiitiés de Penelope
Par lolo le lundi 20 décembre 2010 à 15h39
bonjour cher Jean

Sais-tu quoi?.... Sais-tu que?....
Sais-tu combien..., et cela avec impatience, comme chaque année d´ailleurs même si je n´ai pas toujours laissé de com (PARDON), j´attendais de découvrir ton conte de Noel?

Jean, je viens de passer un merveilleux et magique moment de lecture.

Je me suis promenée à Jolipré-les-Alouettes et il m´a semblé reconnaître.... Quoique.... (*sourire*)

Tu as une magnifique et talentueuse "PLUME".

Mille et un BRAVOS, mille et un MERCIS à toi.

Mille et un MERCIS et BRAVOS également à Arnaud pour ses illustrations.

A vous deux et vos familles, à tout Gougnies.be ainsi qu´aux nombreux visiteurs anonymes et fidèles qui passeront au village et sur tes mots, je vous souhaite un "Joyeux Noel" accompagné de douces, tendres et chaleureuses pensées pour "l´Année Nouvelle".

Prenez toutes et tous bien soin de vous et de ceux que vous aimez...

Bien à vous

Baiser papillon

lolo *.*

PS: j´aimerais également ici en profiter pour te dire, tout comme aux personnes qui participent à ce travail, MERCI et BRAVO pour les magnifiques pages d´accueil que vous nous offrez.
Par Pol le lundi 14 décembre 2009 à 09h53
Merci Jean pour ce moment d'espoir et de rêve !
Par WillyMoreau le samedi 12 décembre 2009 à 12h32
Dans notre monde si souvent déboussolé ,merci Jean de réveiller la flamme de l'espérance et de la paix à l'occasion de cette grande fête familiale millénaire mais touhours actuelle
Joyeux Noel à toute la famille
Par jean le dimanche 06 décembre 2009 à 09h15
Bonjour Aurélie.

Ton message me fait grand plaisir et je t'en remercie. Le vaisseau "Espérance" est très spacieux et il y a de la place pour tous les gens de bonne volonté. Si tu y invites les membres de ton association, c'est que le message de cette odyssée a bien été perçu et tu m'en vois ravi. J'ai beaucoup de respect pour les gens comme toi qui se bougent pour les autres. Alors je te souhaite, ainsi qu'aux membres de ton groupe, à bord de l'"Espérance", une très belle fête de Noël.
Par Aurélie le dimanche 06 décembre 2009 à 07h47
Bonjour,
Je viens de vivre un grand moment à bord de votre vaisseau et je souhaiterai avec votre autorisation en faire profiter les membres d'une association professionnelle que j'anime depuis plus de 40 ans en citant votre nom bien sûr.
Dans l'attente de votre réponse que j'espère positive, je vous remercie du fond du coeur pour votre message d'espoir.
Par STEFAN le lundi 15 décembre 2008 à 01h28
JE VIENS DE DECOUVRIR CE JOLI CONTE DE NOEL QUI ME RAPPELE LES AVENTURES DU CAPITAINE NEMO A BORD DU NAUTILUS DANS VINGT MILLE LIEUES SOUS LES MERS DE JULES VERNE. MERCI , JEAN, DE NOUS AVOIR OUVERT LES YEUX AU TRAVERS DE CETTE BELLE HISTOIRE QUI DEVRAIT FAIRE REFLECHIR LE MONDE ENTIER. BONNES FETES DE FIN D' ANNEE A TOI AINSI QU'A TOUTE TA PETITE FAMILLE.
Par jean le vendredi 12 décembre 2008 à 18h15
C'est très gentil, merci !
Joyeuses fêtes à vous tous aussi.
Par Penelope le vendredi 12 décembre 2008 à 18h09
Bravo Jean
Je suis émervellée par ce beau récit
Bonne fête de Noël pour toi et ta famille
Amitiés de Pénélope
Par lolo le vendredi 12 décembre 2008 à 16h40
bonjour jean

MERCI pour ce magnifique moment de lecture. C´est toujours avec grand plaisir que je pose mon regard sur tes contes de Noel, merveilleux et sublimes!

Je te souhaite ainsi qu´à toute ta famille et à tout gougnies.be un très "Joyeux Noel" et vous offre mes plus douces et chaleureuses pensées pour l´année nouvelle.

Bien à toi et à vous toutes et tous. Prenez soin de vous !

je vous embrasse tout fort

lolo *.*

Par Emma le mardi 09 décembre 2008 à 18h33
Et encore un beau conte écrit par notre ami Jean. Nous ne trouvons pas toujours les mots qu'il faut pour lui dire ce que nous ressentons quand nous le lisons. Mais lui dans le sens contraire le ferait et nous étonnerait encore.
Merci Jean et bonnes fetes à toi et ta famille.
En toute amitié
Emma
Par Christine Charlier le mardi 09 décembre 2008 à 18h04
et voilà ! sur une feuille de papier, j'aurais pû recommencer... ici, mon doigt a "zippé" et le commentaire est parti...

Je souhaite à tout le monde une fin d'année la plus paisible et harmonieuse possible.

Bisous

Christine
Par Christin le mardi 09 décembre 2008 à 18h03
Ravie mon cher Jean de lire de nouveau des lignes de ta si jolie plume (oui je sais c'est un clavier mais en lisant ces beaux mots, je m'imagine Jean les couchant sur une belle feuille de papier) et merci pour cette superbe étoile que je vois briller dans le ciel au-dessus de ta maison
Par emile le mardi 09 décembre 2008 à 08h51
bonne fete de noel au personne etant sage pendant l année
Par Ben le jeudi 13 novembre 2008 à 13h27
merci! tu t'y prends à temps!
Bientôt (3 semaines) un nouveau conte de Noël!
:-)
Par Christ le jeudi 13 novembre 2008 à 13h25
Joyeux Noël 2008 !
Par stefan le vendredi 21 décembre 2007 à 20h19
tres impresione par ce que je vient de lire
noel s est la paix dans le monde entier
je souhaite a tout les visiteurs de gougnies point be de tres bonnes et joyeuses fetes de fin d annee 2007 2008 quelles apportes a chacun plein de bonnes choses et tout et tout voila
Par Ben le samedi 15 décembre 2007 à 17h47
Pour Raphaël
Merci pour ce beau texte
Reviens nous visiter: un nouveau conte sera mis en ligne dans quelques jours
:-)
Par Raphaël Zacharie de Izarra le samedi 15 décembre 2007 à 16h29
CONTE DE NOËL

Parti en hâte de ma résidence provinciale en cette soirée du 24 décembre, je fonçais sur les petites routes de campagne en direction de la prochaine entrée d'autoroute menant vers la capitale. Comme tous les ans je partais assister à la messe de minuit à la cathédrale Notre Dame rejoindre mes pairs, gens distingués et importants de la scène parisienne. Je me faisais un devoir mondain de me mêler à cette assemblée hautaine en perpétuelle représentation. Il fallait qu'en belle société l'on me vît, que parmi les personnalités de mon espèce ma présence fût remarquée, applaudie.

Bref, imitant les notables de mon rang, le spectacle de ma vie ne devait jamais s'arrêter.

Tout à ces pensées futiles, je roulais dans la nuit. Une neige fine et abondante se mit à tomber. Très vite la campagne blanchit et je dus bientôt ralentir. La chute de la poudreuse redoubla d'intensité. Je ne reconnus pas ma route, fis demi tour, faillis glisser dans le fossé avant de m'engager dans une fausse direction... Egaré en pleine campagne à trois cents kilomètres de Paris, seul dans ce paysage glacé, âpre et magnifique, loin des lumières et du tapage de la cité, imperceptiblement je sentis naître en moi une immense lassitude pour cette existence superficielle que depuis toujours je menais.

Ma roue dérapa, puis s'enlisa dans le givre. Bloqué au milieu de nulle part, je décidai de rejoindre à pied la première habitation venue pour y demander de l'aide. Une humble lumière attira mon regard. Elle émanait de l'église d'un hameau sans nom. J'entrais dans ce refuge, réconforté à l'idée d'y trouver secours et chaleur. Là, je fus saisi par un spectacle à la fois misérable et grandiose : à la lueur de quelques cierges cinq ou six fidèles aux crânes gris et aux épaules voûtées priaient avec ferveur avec le curé, et de cette rustique assistance s'élevait un chant. Le choeur chantait faux tout en grasseyant avec force... Devant cette scène navrante et sublime d'un autre siècle, j'oubliais tout : la voiture embourbée, les amis qui m'attendaient à Paris, mes devoirs mondains... On ne fit guère attention à ma présence. En me réchauffant les mains, je demeurai au fond de l'église à observer discrètement ces chanteurs maladroits et touchants.

Puis le chant prit des allures plus solennelles : un enfant dont je n'avais même pas remarqué la silhouette -si bien enfouie parmi ces vestes sombres et ces fronts ridés- mêla sa voix juvénile au morne concert. Sa voix cristalline domina peu à peu celles des vieillards qui l'une après l'autre finirent par se taire. Le chant solo du jeune garçon résonna dans la semi-clarté de l'église, pur. L'expérience de la Beauté me figea. De temps à autre on pouvait entendre dehors quelque rafale de vent faire trembler un vitrail. Certes l'enfant à la voix d'ange ne semblait pas maîtriser parfaitement les règles élémentaires de la prosodie, mais qu'importe, c'est son âme qui chantait.

Submergé par des sentiments inédits et suprêmes, j'assistai jusqu'au bout à cette messe des pauvres.

Paris et ses séductions frelatées, Paris et ses feux mensongers, Paris et ses hôtes vaniteux n'existaient plus : j'étais aux anges sous ce clocher sans fard. Asile de la piété simple et sincère, aux antipodes des ors de la capitale festive, on chantait faux près de cet autel, mais on y chantait avec coeur.

Je passai la veillée de Noël dans l'église de ce hameau perdu dont j'ai oublié le nom, la plus belle de toutes mes nuits de Noël, en compagnie de ces âmes vives.

Après la messe un veilleur m'aida à sortir mon véhicule de son ornière, si bien que je rejoignis tardivement la capitale, définitivement désillusionné sur ses artifices vides de sens et de beauté.

C'était il y a plus de trente ans.

Certain de n'avoir pas rêvé, pendant longtemps j'ai essayé de retourner dans ce hameau, passant et repassant par tous les chemins possibles mais jamais, jamais je n'ai pu retrouver ce lieu qui depuis plus de trente ans me hante. Depuis, chaque soir du 24 décembre une mystérieuse nostalgie me gagne lorsque je me remémore ces vieillards, cet enfant, cette messe de Noël sous la nuée nivéenne, au milieu de nulle part, étrange et belle.

Raphaël Zacharie de Izarra
raphael.de-izarra@wanadoo.fr

Par lolo le jeudi 06 décembre 2007 à 10h22
J´viens de passer un très très beau moment de lecture. Merci pour ce cadeau magnifique. Il me donne tout simplement l´envie de le faire partager à d´autres.
Nochmal: tausend Dank!, et souhaite à tous de bonnes fêtes de fin d´année.
Par Solange le mardi 20 novembre 2007 à 17h11
Chaque année, dans ma paroisse, une paroisse faite de pauvres, beaucoup d'immigrés, mais aussi des SDF, qui gens qui vivent de peu et qui sont heureux de recevoir des colis qui améliorent leur ordinaire, dans ma paroisse, donc, les enfants de la catéchèse et moi, nous mimons ou interprétons un conte de Noël.
J'étais à la recherche d'un conte que je ne connaissais pas encore et voilà que je lis ceux-ci. Merci pour ces jolis contes de Noël, tout à fait d'actualité. Je pense que ce sera un beau cadeau que nous offrirons à tous ceux qui seront présents à la messe du 25 décembre et ce grâce à vous. Merci
Par Michel - Niobium... le mardi 05 décembre 2006 à 22h38
Merci pour ces textes magnifiques... à lire, à relire et à méditer...
Par Pol le dimanche 03 décembre 2006 à 16h26
Magnifique ... Cela rappelle si besoin en est la solidarité et le partage qu'hélas en ce temps ou seul compte encore l'appat du gain et l'égoïsme ... merci Jean pour ce rappel !
Par ? le dimanche 18 décembre 2005 à 18h43
Merci a tous ceux qui lisent ce texte que j'ai pris dans mon grenier. J'ai versé unegrosse larme en le lisant de telle sorte que mes yeux en sont encoregersés. Merci et joyeuses fêtes a tous..
Par Jean le lundi 12 décembre 2005 à 20h57
De nouveau un commentaire qui fait plaisir. La technologie d'Internet et la magie de Noël engendrent décidément de bien chaleureux contacts !
Par Ch. Pirson le lundi 12 décembre 2005 à 10h08
De nouveau un conte qui remplit le coeur d'espoir et d'amour. Il rentre en nous comme un frisson qui secoue tout le corps.
Si j'avais un voeu d'enfant à faire; je souhaiterais que cette magie et cette vision du bonheur s'enracinent avec tenacité et confiance jusqu'au prochain noël...
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