Nos chroniques 2021

La petite Chronique du mois de mai

C’est vraiment une grande dame.

Dans un somptueux ballet, elle participe au grand spectacle du mois de mai. Parmi les délicates inflorescences de nos fruitiers, elle honore avec beaucoup d’élégance le grand buffet de printemps offert par les pistils édulcorés. Elle pose discrètement sa trompe nourricière dans la réserve de nectar et accomplit depuis des millénaires sa mission d’ouvrière. 

Mais l’instinct de l’abeille est doté d’une grande courtoisie.

Avec la bonne éducation qu’elle a reçue de dame Nature, elle ne manque pas de reconnaissance. Tout en butinant, elle se charge de pollen et pollinise les fleurs voisines. Une très subtile manière de remercier l’accueillant fruitier…

Le mois de mai serait-il emblématique du « merci » ?

Il est en tout cas manifestement empreint d’attention. Dès le premier jour, il dessine le sourire sincère d’un brin de muguet offert en toute simplicité.

A l’occasion de la fête des mères, il allume le plus joli « merci » dans les yeux humectés d’émotion d’une maman recevant le compliment de son enfant.

« Merci », un petit mot de cinq lettres seulement mais tellement riche, tellement puissant.

Là où le mot « éducation » paraît encore présent dans l’entête du parchemin familial, on dit aux enfants que c’est un mot magique.

C’est réellement précieux ! Dans une société médiatisée à outrance, ces petites civilités pourtant essentielles font triste mine.

J’ai été frappé bien malgré moi, au cours d’un acharnement publicitaire auquel nous sommes beaucoup trop confrontés sur le petit écran, par une scène illustrant bien le malaise dont souffre l’éducation actuelle.

Diffusé à une heure de grande écoute, le spot montre une fillette très occupée par ses activités ludiques qui reçoit de la part de sa maman une friandise moelleuse d’une marque évoquant une surprise. La mienne, de surprise, était de voir cet enfant carrément arracher de la main de sa mère la petite gâterie et l’engloutir avant de reprendre ses jeux. Pas un mot ! Pas le plus petit soupçon de merci ! C’est quoi « merci » ? Serait-ce « anti-commercial » ? Et bien entendu, on ne voit pas ce qu’est devenu le papier d’emballage… cela vaut peut-être mieux !

Et ce spot est loin d’être le seul exemple.

Chez nos amies les abeilles, la courtoisie est instinctive.

Chez nous, elle doit s’apprendre.

Et si le mois de mai était là pour nous le rappeler discrètement ?

« Merci » de m’avoir lu !

 

Jean Marcelle

La petite Chronique du mois d'avril

L’artiste rolendien a déposé délicatement les couleurs d’avril sur sa palette afin de flatter au mieux la toile saisonnière de nos jardins.

Les nuances de bleus et violets s’accordent subtilement pour interpréter avec justesse la chorégraphie des muscaris, crocus et myosotis.

La joyeuse valse des couleurs tournoie dans le vent du printemps avec les étoiles du ballet des tulipes et des primevères au rythme des cloches de Pâques qui triboulent gaiement au clocher, comme le chantaient les vers de notre poète Robert.

Quand notre regard prend le temps de se poser sur les détails de cet écrin privilégié auquel certains adeptes asservis par le virtuel ne semblent plus prêter la moindre attention, il y trouve tout naturellement une source bénéfique de sérénité apaisante particulièrement précieuse en ces périodes difficiles.

Et pourtant, s’il est important de ne point en devenir totalement dépendant, la télécommunication peut, dans des situations telles que celles que nous connaissons hélas aujourd’hui, nous garder en contact avec ces traditions qui alimentent les racines de notre culture.

Bien sûr, ce n’est pas pareil ! Mais bon, quand on n’a pas le choix, il faut pouvoir s’adapter et ça, les gardiens fidèles de notre folklore y travaillent avec beaucoup de conviction.

A l’instar des couleurs du printemps qui colorent si joliment la fête de Pâques, le parfum du réveil du Marcheur nous parvient grâce aux effluves du couscous traditionnel que le corps d’office nous propose en version adaptée. Différemment, peut-être, mais assurément, ce n’est pas une foutue petite boule à polypes qui parviendra à faire pédaler des Rolendiens dans la semoule… Et quoi encore ? Elle n’emmerde déjà pas assez son monde comme ça ? Et en parlant de couscous, ce n’est pas l’imposante brochette d’experts qui peut affirmer le contraire ! Alors non, les gars, on ne va pas s’en priver de notre couscous de Pâques, il fait partie des prémices, c’est notre agneau pascal… Et, pour employer un terme cher aux experts, je constate une « flambée » de mon taux de salivation !

Et puis, grâce à la faculté qu’ont nos jeunes animateurs à manipuler les outils contemporains, nous pouvons vivre un cassage du verre « autrement ».

Je vais me répéter en disant que, bien sûr, ce n’est pas pareil, mais il faut admettre que l’an passé, cet événement que nous avons vécu dans les mêmes circonstances a tout de même réussi à convaincre pas mal de réticents.

Dans un contexte particulièrement déconcertant, j’ai personnellement ressenti une certaine émotion, la conviction profonde que, quoi qu’il arrive, le folklore continuera à vivre. Rien que pour ça, je dis merci à tous les acteurs de cette surprenante expérience.

En ce mois d’avril, qui résonne du tintement des cloches de Pâques et vibre des premiers coups des baguettes rolendiennes, je voulais manifester ma solidarité avec le corps d’office de notre belle Marche. Au-delà des soucis liés à cette saloperie de pandémie, je sais que les choses ne sont pas toujours faciles à gérer et que les routes d’aujourd’hui ne manquent pas de « nids-de-poules » dont on pourrait se passer !

Même si, à Pâques, c’est d’actualité…

 

Jean Marcelle

La petite Chronique du mois de mars

Il m’arrive de relire quelques bons mots d’Alphonse Allais…

Ce matin-là, ma muse avait revêtu sa tenue légère, elle était plutôt guillerette. Je parle de mon inspiration littéraire, bien sûr ! Elle attira mon attention sur cette amusante citation de l’auteur concernant les giboulées de mars : « Un grain peut en cacher un autre ! » Maître Capello eût ajouté : « Jeu de mot ! »

Je ne sais si le pétillant Alphonse avait quelque passion à l’égard des chemins de fer de son époque, mais cette allusion à la sécurité requise aux abords des voies nous informe quant à la récurrence de ce souci de prévention que l’on peut de nos jours encore observer dans le monde du rail.

Ce panneau existait sur les quais de notre petite gare du temps où la ligne 137 véhiculait encore des passagers venant de Châtelineau.

Dans les années 50, le trafic passagers fut transféré à la route et des autobus en assurèrent quotidiennement les liaisons.

Mais le transport des tranches de marbre pour Marmor et d’acier pour les Ateliers Marcelle persista jusqu’au début des années 60.

Et ça, pour nous, gamins du terroir, c’était un plaisir qu’aucun jeu virtuel traumatisant pour les pouces, les yeux et la sociabilité ne peut aujourd’hui égaler.

On pouvait entendre le sifflet de la locomotive (« ça, c’est le sifflet, chef ! ») quand le convoi quittait la gare d’Acoz. C’était alors la course effrénée de culottes courtes vers le pont enjambant la ligne juste avant la gare de Gougnies, là où les embranchements permettaient le déchargement du marbre ou du fer.

Nous attendions le train sur le pont, les coudes posés sur les garde-corps métalliques.

Chaque coup de sifflet amplifiait notre excitation. Lorsque le panache de suie et de vapeur se dégageant de la chaudière de la locomotive se trouvait juste en-dessous de nous, le jeu consistait à viser la cheminée avec de petits cailloux ramassés au préalable sur le chemin. Jeu de gamins… possible à l’époque. Aujourd’hui, avec le TGV, c’est plus difficile et cela finit souvent dans un centre de redressement pour jeunesse délinquante. Et puis, de toute façon, ça n’a plus de charme, il n’y a même pas de cheminée…

Les opérations de déchargement terminées, la locomotive allait effectuer un demi-tour aux aiguillages du passage à niveau, là où la grand-route dessinait un grand « S » à la sortie du village.

Nous avions le temps de nous précipiter sous le « pont noir », passage aménagé sous les voies pour les cariotîs et appelé comme ça tout simplement parce qu’il y faisait… tout noir !

Posées sur un tablier de pierres du pays, les plaques métalliques soutenant les traverses nous offraient, au passage du convoi, un concert assourdissant détrônant en décibels les concerts de « heavy metal » les plus « hard », prédateurs contemporains du marteau, de l’étrier, de l’enclume et du tympan…

Aujourd’hui, ces jeux de gamins paraissent sortir d’une autre époque.

Cela dit, au train où vont les choses, si on n’y prend gare, les petits plaisirs que les événements locaux motivent pourraient s’acheminer sur la voie de la désaffectation.

Oui, maître Capello, là je déraille…

 

Jean Marcelle

La petite Chronique du mois de février

Un début d’année mi-figue, mi-raisin…

La fin d’une année sombre, angoissante, une année qu’on aimerait tant oublier…

Mais aussi le retour de l’espoir avec, comme les perce-neige qui bientôt se réveilleront en  pointant le bout du nez par-dessus la couette d’hiver, les aiguilles salvatrices augurant, nous le souhaitons tous, l’épilogue du cauchemar.

Alors rêvons !

Rêvons au retour du soleil réchauffant les murs de pierres taillées par nos cariotîs et inondant nos campagnes de lumière.

Rêvons à nos promenades romantiques d’antan, main dans la main, ponctuées par un premier baiser timidement (oui, à l’époque c’était comme ça!) offert à l’indiscrétion coquine de ces endroits pittoresques complices de notre jeunesse.

Notre village jouit, sur la scène de nos souvenirs, d’un décor émotionnel particulièrement riche en couleurs et illustre nos histoires avec cette inexorable nostalgie qui croît avec le cortège des années.

Si souvent conté dans le récit de nos anecdotes parfois croustillantes, le pont Mariminson pourrait relater, en un épais recueil, de nombreux chapitres légers, certes, mais empreints de tendresse et d’humour.

Le glouglou permanent des méandres de la rivière inspirerait sans aucun doute le musicien choisi pour composer la musique originale des aventures amoureuses d’adolescents, enfants du pays sensibles aux charmes verdoyants de la Turbine.

Celui que nous appelions « le chemin des sources » nous invite à l’orée du Bois de Scu. Là, deux arbres symbolisent aujourd’hui l’union parfaite, la symbiose idyllique entre deux hêtres qui se sont juré fidélité. Cet endroit ne constitue-t-il pas l’écrin idéal pour une déclaration d’amour ? De plus, celle-ci aurait un témoin d’une valeur inestimable, la potale dédiée à sainte Rolende…

Tant d’autres sites dessinent avec finesse l’enluminure du manuscrit qui raconte notre village.

Peut-être les restrictions de voyages permettent-elles de redécouvrir la richesse de notre environnement ?

Sans doute. En tout cas, en ce mois de Saint-Valentin, les images de nos petites balades en amoureux évoquent dans ce décor la petite ballade des gens heureux…

 

Jean Marcelle

La petite Chronique du mois de janvier

Stephen King a écrit :

« Les rêves sont des poèmes écrits par le subconscient » 

J’ignore quelle mouche a piqué le mien en ce début d’année, mais je le trouve bien taquin ! Voulez-vous que je vous raconte mon rêve ? Bon, vous l’aurez voulu…

Vous n’ignorez certainement pas que la galette des rois est une très vieille tradition qui prend ses racines dans la période romaine. Elle permettait à l’époque d’affranchir un esclave désigné par le sort lors d’agapes dont les Romains étaient particulièrement friands.

Au Moyen Age, cette tradition s’est perpétuée et se traduisait, le jour de l’Epiphanie, par un repas au sein des logis les plus cossus. Au moment du dessert, la galette ancestrale était partagée et une part appelée « part des anges » était réservée au premier pauvre venu.

Cette portion de gâteau était désignée au hasard par un enfant caché sous la table.

Et bien dans mon rêve, j’étais cet enfant.

L’atmosphère (chère à Arletty) était à la fête autour de cette immense table en chêne massif devant l’âtre dans lequel flambaient gaiement les bûches du réconfort, bien précieuses en ce rude mois d’hiver.

Le maître de maison siégeait tel un souverain en bout de table et les convives festoyaient sans vergogne au son des vielles et flûtiaux du ménestrel.

Lorsque le dessert fut annoncé par une gente damoiselle, étant le plus jeune de l’assemblée, je me glissai sous la table, dans la pénombre ouatée où somnolait déjà le chien de la maison, et me tins prêt à désigner la part du pauvre.

Guêtres de cuir et de toile lacées, escarpins délicats me laissaient deviner quelque peu l’identité des convives.

Bercé par la musique du ménestrel et le crépitement chaleureux du foyer, je cédai à l’invitation du toutou serein et m’assoupis quelques secondes.

Mais saviez-vous que le fait de s’endormir dans un rêve permet de voyager dans le temps ?  Ah si Marty McFly avait su…

Je retrouvai très vite mes esprits au même endroit, dans les mêmes circonstances et la même position, mais cinq siècles plus tard ! En 1960, époque à laquelle une styliste anglaise, Mary Quant, popularise le port de la mini-jupe…

Bien, je vous raconterai la suite de mon rêve ce soir, quand les enfants seront dans les bras de Morphée !

Ben quoi ?  Un peu de légèreté ne fait finalement de mal à personne !

Et puis, en ce début de nouvelle année, vous ne pensez pas qu’on en a fichtrement besoin ?

 

Jean Marcelle

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