Nos chroniques 2022

La petite Chronique du mois de juin

Juin, c’est le début de l’été et les projets de vacances qui se dessinent avec de plus en plus de précision.

Parmi ceux-ci, les étapes gastronomiques s’adaptent au goût de chacun en fonction du pays visité ou du type de villégiature sélectionné pour un agréable séjour.

Nous les Wallons, nous ne sommes pas peu fiers de notre cuisine mais nous apprécions aussi particulièrement les recettes traditionnelles de nos voisins français.

Si notre emblème représente un « coq hardi », c’est pour confirmer notre attachement à nos origines gauloises et notre culture.

Ah oui ! Ces braves Gaulois dont l’histoire nous laisse deux bijoux : Astérix et le coq au vin… (on dirait le titre d’un nouvel album !).

Vercingétorix avait envoyé un coq à César pour lui signaler que les Gaulois ne manquaient pas de hardiesse. Le grand Jules qui ne mettait pas d’falzar répondit à la provocation en cuisinant les deux : les Gaulois en leur mettant la pâtée et le coq en le mijotant vin (du Chianti, je suppose)…

Mmmmmh ! Le coq au vin ! Déjà quand il marine, il titille drôlement les papilles…

Chez moi, c’est du vin de Loire… vous savez pourquoi !

Cette petite parenthèse gastronomique m’inspire un calembour métaphorique.

J’ai le souvenir précis d’une spécialité de notre terroir, une recette omniprésente dans nos campagnes en période estivale.

Le gallinacé emblématique était accommodé de champagne, excusez du peu !

Et pas n’importe quel champagne, on préférait le « Veuve Clicquot », cela lui donnait une couleur remarquable sur les grandes tables chaleureuses des bonnes vieilles auberges de chez nous : « L’auberge du blé doré », « A l’épi d’avoine » et d’autres encore.

C’est à ces endroits que l’on pouvait se réjouir de voir fleurir le « coq Clicquot » !

Cette jolie spécialité avait résisté à de nombreux siècles d’histoire.

Mais à l’époque des « fast-foods » et des cultures intensives, un monstre digne des plus effrayants herbivores préhistoriques a fait son apparition : le « Pulverisator rex ».

Le « coq Clicquot » est en danger, considéré comme étant en voie de disparition.

Parfois, dans le petit coin tranquille d’un terrain vague ou d’un fossé, on vous le sert encore. Respectons-le et soyons optimistes !

Ne dit-on pas « chassez le naturel, il revient au galop » ?

Bon appétit,

Jean Marcelle

La petite Chronique du mois de mai

Mai, sur la partition de mes souvenirs, c’est aussi le titre d’un petit air dont il m’arrive souvent d’avoir la nostalgie.

A plusieurs reprises, avec la chorale du village, nous participions à la « Journée mariale des Hospitaliers » dans le magnifique cadre de l’abbaye d’Aulne.

Cette prestation était pour nous un événement incontournable. Outre la présentation d’un programme polyphonique soigneusement concocté par notre chef de choeur pour l’office de la matinée, la partie récréative de la journée s’avérait carrément festive. C’était de merveilleux moments, une chaleureuse ambiance dont le souvenir est indélébile.

En revoyant les photos de ces mémorables retrouvailles, je me suis rappelé une anecdote amusante qu’en ce mois de mai, comme l’alouette printanière, je me plais à vous grisoler en survolant ma chronique.

Notre ancien maître d’école faisait partie de la chorale. Parmi les hommes, ténors et basses, plusieurs chanteurs avaient usé leur fond de culotte sur les chaises de son école communale. Mais la différence de génération n’altérait en aucun cas la complicité du groupe. Bien au contraire…

Avant l’office  du matin, nous jetions un petit coup d’oeil sur nos partitions pour peaufiner tel ou tel détail.

Le Père Wiart, directeur de l’Abbaye, était familier au gentilé gougnacien, sa cousine étant institutrice à Gougnies et donc collègue de notre maître d’école devenu complice ténor.

En passant près de notre groupe, il nous interpella :

« Vous ! Venez dans mon bureau ! »

Nous nous sommes regardés, un peu surpris…

« Mais qu’est-ce qu’il se passe, qu’avons nous fait ? »

Nous nous retrouvâmes dans son superbe bureau aux grandes armoires en chêne, toujours auréolés d’un grand point d’interrogation.

Tout en revêtant ses habits sacerdotaux pour l’office, il actionna la grosse clé d’un superbe meuble digne des trésors d’abbaye tout en nous annonçant :

« Tant que nous sommes entre hommes, nous allons goûter la nouvelle Ada, vous me direz ce que vous en pensez ! »

C’était donc ça !

Nous devions avoir une sérieuse réputation de joyeux drilles pour être convoqués, à quelques minutes de la cérémonie religieuse, chez le directeur de l’abbaye pour une dégustation de bière artisanale !

Vous comprenez maintenant pourquoi nous aimions tant participer, au mois de mai, à la « Journée mariale des Hospitaliers »…

Et les dames dans tout ça ?

Chut !  Elles répétaient leur partition et nous n’aurions pas voulu les déranger…

Jean Marcelle

La petite Chronique du mois d'avril

C’était une pittoresque petite route parmi les oliveraies. Certes, on ne lui aurait pas attribué le « morue », c’était juste une petit chemin qui défilait sous « mérou »

Autour des oliviers, à même la terre, des filets de « sole » étaient étendus afin de recueillir les fruits destinés au pressage de la précieuse huile.

Le soleil était généreux, je sentais s’éveiller en moi une petite envie bien légitime.

Je m’arrêtai dans un petit « bar » local, ce sympathique « lieu » où l’on é« tanche » volontiers sa soif. La patronne, une jolie « roussette » qui « alevin » blanc pétillant et un pichet dans lequel le « rouget » frais et fruité, me souriait en frottant le comptoir.

L’endroit était chaleureux et le bannissement du tabac me dispensait des « sandres » malodorantes.

Près de la cheminée somnolait un énorme chat, ce gros matou devant lequel les souris se défilent et même les « rascasses ».

Oui vraiment, c’était un « barbeau »

Me sentant un peu seul sur mon tabouret, il me vint une douce nostalgie. Je pensai à l’être qui me manquait.

Le destin me tendit une « perche ».

En fouillant dans ma poche, je retrouvai un bout de papier, quelques mots gribouillés sur une feuille que l’on « plie » et replie jusqu’à ce qu’elle soit des « truites » « carrelet » « raies »  finissent par se déchirer.

Un agréable souvenir m’offrit un ruban de soleil avec lequel je « brochet » ce chapitre de mon passé. Cela resterait mon secret, comme il l’a toujours été. Dans le cas contraire, ça se « sauret »… de la rumeur, « gardon » nous !

Bon, pour une chronique, il est de bon « thon » de ne pas être trop long. Cela l’« hareng » ennuyeuse. Et comme je ne suis pas têtu comme un « mulet », j’obtempère aux convenances et tâche de garder la plume de l’« églefin ».

Vous me direz que mon texte n’a guère d’intérêt !

Allez, soyez bons joueurs, admettez qu’en matière de poissons d’avril, je vous ai laissé l’embarras d’ « anchois »…

Jean Marcelle

La petite Chronique du mois de mars

Il tombe encore des grêlons,

mais on sait bien que c’est pour rire…

 Vous vous rappelez ce petit poème de Maurice Carême que l’instituteur nous faisait apprendre avant les congés de carnaval ? Je vois encore les lettres calligraphiées à la craie blanche sur le grand tableau de la classe :  « Les giboulées ».

Les voici de retour. Elles sont fidèles au rendez-vous. Il semblerait que ce phénomène météorologique résiste au changement climatique et soit bien déterminé à perpétuer les traditions…

Il fait beau, un superbe soleil illumine le réveil de la nature et les oiseaux façonnent soigneusement leur nid en chantant gaiement l’imminence du printemps. Et puis soudain, poussé insidieusement par un vent d’ouest quelque peu taquin, un gros cumulus noir nous vient de Gerpinnes. Après avoir ouvert les parapluies villersois, il nous saupoudre généreusement de perles de glace, un peu comme un pâtissier céleste offrant la touche finale à sa spécialité locale. Les perce-neige excellent dans l’art d’esquiver les projectiles en agitant très adroitement leur corolle subtilement tournée vers le sol. Les primevères ne sont pas inquiètes. Elles sont particulièrement vivaces et le « veau de mars » les respecte. Il sait très bien que ces jolies fleurs ont une mission importante, celle de réserver un accueil de choix aux prochains œufs de Pâques.

Sans aucun doute, pour peu que la récitation soit encore d’actualité dans les programmes scolaires, les grêlons de notre Maurice Carême national rebondiront encore longtemps sur les toits de nos villages pour affiner la mémoire de nos petites têtes blondes ! Même si les temps changent, ou plutôt si LE temps change…

Quand on était gamin, les vacances de Noël et les dimanches de janvier nous offraient suffisamment de neige pour que nous devenions des champions de « skeleton ». Quand elle était bien damée sur la route par le passage des voitures et que le trafic ne nécessitait pas encore l’usage de laitier d’abord, de chlorure ensuite, la configuration du village nous permettait de superbes descentes. En prenant un élan bien calculé au niveau de la chapelle des Hayettes et en profitant de la belle déclivité de la place communale, nous parvenions, dans les meilleures conditions, à longer l’église et terminer notre course devant le presbytère ! Aujourd’hui, la plupart des traîneaux ne sortent plus guère et seuls les sports d’hiver en permettent un bon usage. 

Il pleut… le temps change…

Février, c’était le froid, le gel persistant, les glissoires dans la cour de récréation. Aujourd’hui, ce sont des visites parfois angoissantes d’indésirables vedettes de l’actualité comme Eunice, Franklin et consorts.

Ça souffle… le temps change…

Cela dit, les terres bien arrosées alimentent nos sources, remplissent nos carrières et oxygènent les truites de notre rivière. Le vent, lui, offre aux oiseaux un choix illimité de brindilles et branchages bien utiles à la confection de leur nid.

Oui, le temps change, mais la nature dispose depuis toujours d’un pouvoir dont nous devrions nous inspirer : celui de s’adapter.

Alors de grâce, respectons-la !

 

Jean Marcelle

La petite Chronique du mois de février

Ouâââââ ! Le jour s’étire béatement au lever…

Février le rend plus matinal, un peu plus « spittant » comme on dit chez nous.

On sent manifestement l’appel de la nature ou plutôt, on l’entend. Quand on prête l’oreille, on peut percevoir les premières notes de la symphonie pour choeur emplumé. Si la famille Strauss s’octroie le monopole de l’audience apéritive du Jour de l’An, nos amis passereaux et colombidés se réservent l’avant-scène du théâtre des saisons.

Eh oui, tout ce petit monde bien sympathique se réveille.

Oh ce n’est pas que les charmants volatiles de nos jardins soient restés inactifs durant ce long premier mois hivernal, mais la grisaille ne les invitaient pas particulièrement au chant.

Suivant les conseils de Tanguy, je les observe avec beaucoup de plaisir. Le ballet des mésanges au « fast-food » bricolé sur la terrasse est un spectacle permanent. Elles sont jolies dans leurs couleurs typiques de charbonnières ou de l’Union Saint-Gilloise mais une chose est certaine, elles sont douées pour se chamailler ! Si la boule de graines s’épuise, elles pas !

Quant aux merles, plus opportunistes, ils se délectent calmement des reliquats tombés au pied de la mangeoire. Les pies sont plus déterminées et secouent sans ménagement le dispositif.

Avec un peu de chance, je reçois parfois la visite furtive d’une jolie sittelle ou d’un bouvreuil dont l’élégant costume coloré semble jalousé par le rouge-gorge et carrément ignoré parmi les escadrilles de moineaux.

Tout ce petit monde laisse sur le sol une espèce d’injonction à respecter un territoire investi, une signature caractéristique sous forme de déjections naturelles.

Mais un petit coquin ose de temps en temps braver l’interdiction et refuse d’obtempérer. C’est « Le P’tit Roux » ! L’écureuil n’hésite pas à escalader la mangeoire et à mettre la table d’hôte dans un état digne des agapes les plus orgiaques.

Bah ! Cela convient très bien aux merles qui profitent après son passage d’une véritable manne venue d’en-haut…

On peut aussi observer de nombreux oiseaux dans la campagne et particulièrement dans les champs qui s’étendent aux confins du village, du côté du bois de Scu.

Lorsque les gros tracteurs retournent la terre pour l’enrichir d’engrais vert, les mouettes en visite chez nous ne laissent aucune chance à la vermine endolorie par le froid et mise à jour par les puissants socs de la charrue.

Les corneilles prennent part au festin avec des grands « croââââ » évoquant un film connu d’Alfred Hitchcock.

Les majestueux hérons se tiennent à distance avant de nous gratifier d’une belle démonstration d’élégance en vol.

Mais ce beau monde n’exclut pas les prédateurs.

Un matin d’hiver, à l’occasion d’une balade sur le pré-ravel, un peu avant l’ancien pont de chemin de fer, nous avons pu observer une scène inattendue.

Discrètement à l’affût sur la cime d’un arbre bordant la voie désaffectée, une buse avait repéré une poule rousse imprudemment sortie de son enclos et hors de protection du coq, maître incontesté du poulailler tout proche.

Magnifique planeur dans les courants d’air ascendants, la buse peut devenir un redoutable chasseur en piqué. La pauvre poule ne le racontera pas !

Oups ! Cela a failli m’inspirer une pensée :

« La poulette en quête d’aventure voulut s’éloigner de son protecteur,

 et, totalement impuissante, perdit tout dans les griffes d’un prédateur. »

Je vous en prie, n’y voyez aucune allusion moralisatrice…

 

Jean Marcelle

La petite Chronique du mois de janvier

Et si…

 

Et si les bulles redevenaient celles qui dansent finement dans les coupes de l’élixir de la fête animant les retrouvailles de la famille, des amis, des collègues ?

Et si les gestes redevenaient ceux qui rassemblent et pas ceux qui éloignent ?

Et si les barrières redevenaient celles que les bambins franchissent à la fin de l’été pour pénétrer avec l’excitation de l’interdit les vergers bien garnis et y perpétrer leurs petits larcins réprimés sans conviction, juste pour le principe ?

Et si la distanciation redevenait celle qui est vivement recommandée lorsque nous roulons sur l’autoroute des vacances pour nous éviter d’embrasser de façon impromptue le derrière du gros camion qui nous précède ? Et, pour les Rolendiens, celle qui s’avère idéale entre deux compagnies de Marcheurs pour que la rentrée de la Sainte-Rolende soit une belle procession admirée par des milliers de spectateurs ?

Et si les masques redevenaient les faciès colorés de monstres fêtards ou de personnages de Disney dansant autour d’un grand feu, et ceux mondialement célèbres pour certains des Gilles, des Blancs-Moussis, des Porais et autres carnavals traditionnels bien de chez nous ?

Et si l’augmentation des chiffres redevenait celle des réussites scolaires, des diplômés, des jeunes au travail ou celle des découvertes de la science, de la médecine, ou encore celle des entrées dans les salles de cinéma, de théâtre, de concert et de spectacle ?

Et si les gros titres annoncés par le présentateur mal rasé du journal redevenaient ceux de sujets plutôt réjouissants, la victoire de nos équipes nationales préférées dans des stades pleins à craquer, l’interview de Nafissa, médaillée et souriante, plutôt que celui d’un épidémiologiste susceptible de démoraliser un régiment de clowns ?

Et si la couleur de la carte du monde entier redevenait verte comme les forêts qui respirent, la nature dont la santé serait enfin le principal sujet de préoccupation ?

 

Et si la seule source de contagiosité était une fois pour toute celle d’un sourire d’enfant ou celui du médecin qui vous annonce que vous allez bien, que vous allez mieux ?

C’est mon rêve pour 2022 et je vous invite cordialement à le partager !

 

Jean Marcelle

One thought on “Nos chroniques 2022

  • 1 janvier 2022 at 15 h 01 min
    Permalink

    Merci Jean pour ses vœux optimistes ! Soyons les colibris de notre monde, œuvrons pour la remise sur pieds de notre terre malade !
    Belle année ! A Gougnies 🥰🥂🍻

    Reply

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